La réforme du congé de naissance, présentée comme une avancée pour l'égalité parentale, pourrait en réalité renforcer les inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail. C'est ce que révèle une étude du Conseil d'analyse économique (CAE) publiée ce mercredi.
Un dispositif qui pénalise les mères
Le projet de loi prévoit un congé de naissance de 28 jours pour chaque parent, dont 7 jours obligatoires pour le père. Mais selon les économistes du CAE, ce dispositif risque de dissuader les employeurs d'embaucher des femmes en âge de procréer. « Les femmes pourraient être perçues comme plus susceptibles de prendre un congé, ce qui renforcerait les stéréotypes de genre », explique Camille Landais, co-auteur de l'étude.
Actuellement, le congé maternité est de 16 semaines, tandis que le congé paternité est de 28 jours. La réforme visait à harmoniser les durées, mais le CAE estime qu'elle pourrait avoir l'effet inverse. « En allongeant le congé des pères sans mesures d'accompagnement, on risque de créer un déséquilibre », ajoute-t-il.
Des inégalités déjà bien ancrées
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 72 % des femmes réduisent leur temps de travail après une naissance, contre seulement 4 % des hommes. De plus, l'écart de salaire entre hommes et femmes augmente de 10 % après l'arrivée d'un enfant. « Le congé de naissance tel qu'envisagé ne corrige pas ces tendances », souligne l'étude.
Le CAE recommande plutôt un système de congé parental non transférable, comme en Suède, où chaque parent dispose d'un quota de jours qui ne peut être cédé à l'autre. Cela inciterait les pères à prendre un congé plus long, réduisant ainsi la pénalité pour les mères.
La réaction du gouvernement
Interrogé sur ces critiques, le ministère des Solidarités a défendu la réforme. « L'objectif est de favoriser l'égalité dès la naissance, et nous travaillons à des mesures complémentaires pour lutter contre les discriminations », a déclaré un porte-parole. Toutefois, aucune annonce concrète n'a été faite pour l'instant.
Le projet de loi doit être examiné au Parlement dans les prochains mois. Les associations féministes, comme Osez le féminisme, ont déjà exprimé leurs réserves. « Sans un vrai congé parental partagé, on ne changera pas les mentalités », estime leur présidente.



