Une idée originale pour réduire les dépenses : chaque ministère propose des économies pour les autres
Chaque ministère propose des économies pour les autres

La période est à la recherche d'économies dans les budgets publics. Les chroniqueurs et les experts soulignent l'impasse contemporaine au regard de l'ampleur des déficits, mais aussi des demandes. En réponse, le gouvernement tergiverse et temporise, tandis que le retour de l'inflation se profile, avec son cortège de nouveaux problèmes. Bref, tout va mal budgétairement, et aucune recette magique n'y répondra.

Une innovation dans la quête de sobriété

Alors, pourquoi ne pas innover dans la quête éternelle de sobriété en termes de dépenses ? Voici donc une trouvaille administrative, reposant sur une certaine élégance institutionnelle et promettant de l'intelligence collective appliquée aux finances publiques : demander à chaque ministère de proposer des économies… pour les autres ministères.

Tout le monde est persuadé d'être vertueux

Depuis longtemps, sinon toujours, l'État cherche la formule qui permettrait de réduire ses charges sans froisser personne. Couper dans son propre budget est douloureux. Couper dans celui du voisin est stimulant. Plutôt que demander à chaque département ministériel des efforts pour lui-même, il faut l'interroger sur ce qu'il peut suggérer pour ses collègues.

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On entrerait de la sorte dans une logique positive (pour les équilibres financiers) : chacun devient force de proposition, pourvu que l'effort soit supporté ailleurs. Le dispendieux, c'est les autres. Quand tout le monde est persuadé d'être vertueux et que ce sont les autres qui sont ruineux, il faut profiter de ce savoir !

Le ministère de la Culture pourra ainsi suggérer de rationaliser les effectifs de celui de l'Agriculture, qui n'a probablement pas besoin d'autant de monde pour surveiller les betteraves. Le ministère des Armées identifiera sûrement quelques marges du côté des Sports, où courir après un ballon paraît moins stratégique que produire des drones. L'Éducation nationale, riche de ses talents pédagogiques, proposera au ministère de la Santé un plan de simplification des urgences en trois niveaux de lecture.

Des vertus psychologiques et managériales

Le dispositif a d'immenses vertus psychologiques. Il libère la parole, tout du moins l'oriente autrement. Jusqu'ici, en réunion interministérielle, chacun défendait son périmètre avec l'énergie des troupes d'assaut. Désormais, chacun viendra muni d'idées neuves sur l'inefficience des autres. L'ambiance n'y gagnera pas forcément en camaraderie. Mais elle sera propice à des solutions neuves.

L'innovation est également managériale. On sait que les organisations souffrent, comme le répètent les locuteurs de la novlangue du management, du fonctionnement en silos. Grâce à cette méthode, les silos pourront enfin se lancer des projectiles. On parle souvent de transversalité ; la voici, concrète, budgétaire, certes guerrière, mais avec des visées stratégiques puissantes.

Le contribuable y trouvera son compte

Le contribuable y trouvera son compte. Il découvrira que l'expertise publique est immense : chaque administration connaît certainement des dépenses inutiles chez toutes les autres. Si elle connaît bien les siennes, elle ne les relaie pas forcément.

On imagine déjà des suites possibles. Pourquoi s'arrêter aux ministères ? Demandons à chaque commune des économies pour la commune voisine. À chaque hôpital des pistes d'économies pour l'hôpital d'à côté. À chaque membre du foyer de décider des restrictions supportées par les autres occupants. Les enfants seraient d'ailleurs excellents sur le sujet.

Des objections possibles

Certains grincheux objecteront que ce mécanisme favorise la défausse, la rivalité, la petite vengeance bureaucratique ou la dénonciation calomnieuse. C'est mal comprendre l'esprit de réforme. La modernisation de l'action publique passe parfois par des détours inventifs. Si l'on ne peut obtenir de chacun qu'il se réforme lui-même, explorons au moins ce qu'il propose pour réformer son prochain.

En définitive, cette idée réconcilie, à sa manière, deux passions françaises : la dépense publique et le jugement sur la gestion d'autrui.

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