Jeudi 7 mai, une audience se tenait au tribunal de Paris, où Mehdi Herz, le boulanger qui souhaitait racheter Baillardran, était assigné par un entrepreneur franco-britannique. Ce dernier a porté plainte pour défaut de paiement et abus de confiance. Le feuilleton continue et pourrait bien virer au cauchemar pour Mehdi Herz, ce boulanger de 35 ans, originaire des Yvelines, qui mi-mars avait signé un protocole d’acquisition de la maison bordelaise Baillardran, via sa holding Au Jardin d’Eden. À la veille d’être condamné par le tribunal des affaires économiques de Versailles, à deux reprises, à une interdiction de gérer toute entreprise, comme l’a révélé « Sud Ouest ».
Une assignation pour non-paiement d’honoraires
Yves Romestan pensait aider un jeune entrepreneur en partageant ses compétences acquises au sein de plusieurs multinationales. Jeudi 7 mai, c’est devant le tribunal de Paris que Mehdi Herz était convoqué, en sa qualité de président du Groupe Herz France. Motif de l’assignation : non-paiement d’honoraires. Yves Romestan est à l’initiative de cette procédure. Le fondateur de l’agence de communication internationale YRSA a travaillé durant plusieurs semaines pour Mehdi Herz. « Je l’ai aidé à rédiger le document d’acquisition pour Baillardran », affirme-t-il auprès de « Sud Ouest ».
Les deux hommes se sont rencontrés fin 2024, alors qu’Yves Romestan cherche à sous-louer les locaux de son entreprise qui intéressent Mehdi Herz. L’année suivante, lorsque le boulanger des Yvelines lui fait part de ses visées bordelaises, l’entrepreneur franco-britannique, passé par les plus grandes multinationales, s’étonne de la légèreté de l’approche du potentiel acquéreur. Mais Yves Romestan n’est pas homme à se fier aux apparences. Mieux, il « aime donner sa chance aux jeunes et aux talents ». Il met donc à profit son expérience, acquise au gré des « quelque 1 500 opérations de fusions-acquisitions auxquelles j’ai participé ».
Un rapport pour faire de Baillardran un champion
Analyse économique de l’entreprise bordelaise, du marché, modalité de redressement, perspective de développement : le rapport visait à « faire de Baillardran un champion national, voire européen », relate le conseil en entreprise. Sauf qu’une fois le dossier remis, « plus rien du tout ! » Mehdi Herz disparaît. La facture de ses honoraires, s’élevant à 5 000 euros, reste lettre morte.
La directrice administrative de YRSA Communications, par ailleurs à la tête d’Admin Office, une société de conseil et gestion des entreprises, estime elle aussi, sur la même période, « avoir été abusée par M. Herz ». « De janvier à septembre 2025, j’ai géré tout l’administratif de ses différentes sociétés », déclare Marion Lerrelu. La facture de 12 000 euros demeure impayée.
Des témoignages de déboires financiers
Plus que l’intérêt pécuniaire, sa motivation est que « Mehdi Herz ne puisse plus tromper et abuser les gens ». En remontant le parcours professionnel de Mehdi Herz, et ses multiples sociétés – créées et liquidées – nombreux sont les dirigeants ou commerciaux d’entreprises, requérant l’anonymat, mais aussi des artisans boulangers et anciens salariés d’Île-de-France, à relater leurs déboires financiers concluant leurs affaires avec le boulanger.
Mais rares sont ceux à avoir engagé des poursuites à l’encontre de leur débiteur. Pour ne pas ternir l’image de leur société ou par crainte « d’avoir plus à dépenser qu’à espérer récupérer », témoigne Sandrine Cherrier. Cette ancienne vendeuse en boulangerie du Vésinet (Yvelines) préférant faire une croix sur « deux mois d’heures supplémentaires impayées et quitter ce patron catastrophique pour trouver un travail ailleurs ».
Absent à l’audience, le dossier renvoyé
Yves Romestan n’entend pas en rester là, lui. Plus que l’intérêt pécuniaire, sa motivation est que « Mehdi Herz ne puisse plus tromper et abuser les gens », alors que son avocate l’informe « de tout ce qu’il a fait à plein de gens ». Une question d’éthique pour ce professeur d’économie qui avec Marion Lerrelu, a donc déposé plainte contre Mehdi Herz pour défaut de paiement. Car à l’audience parisienne de ce début mai, Mehdi Herz ne s’est pas présenté. Pas même s’est-il fait représenter par un avocat. Le tribunal a décidé d’un renvoi des deux dossiers au 4 juin pour régularisation. Cette fois devant la juridiction de Bordeaux, où les holdings de M. Herz sont domiciliées depuis avril. Yves Romestan a ajouté à sa plainte l’abus de confiance. « Je n’étais jamais tombé sur un oiseau pareil ! », admet-il. Car Mehdi Herz n’a pas non plus réglé les 5 000 euros d’achat de l’ancien mobilier de ses bureaux. Quant aux 80 m² de bureaux dans le prisé XVe arrondissement de Paris, sous-loués au boulanger pour 10 000 euros le trimestre, ils n’ont jamais été réglés. « Le jour de la signature du bail, il n’avait pas son chéquier et il ne pouvait joindre sa banque au Canada, où il dit résider avec sa femme, compte tenu du décalage horaire », se remémore Yves Romestan. Mais l’adresse de la rue Saint-Saëns figurera un temps comme celle du siège de la holding Les Enfants Gâtés, ancien nom du Groupe Herz France.



