Dans les usines d'Arquus, fabricant français de véhicules militaires, l'économie de guerre se décline à deux vitesses. Alors que la demande explose depuis le conflit en Ukraine, les chaînes de production peinent à suivre le rythme. Entre modernisation et pénuries, le groupe doit concilier urgence et durabilité.
Un contexte de tensions géopolitiques
Depuis 2022, les commandes de véhicules blindés ont bondi de 40 %. Les armées françaises et européennes cherchent à renouveler leurs flottes, mais Arquus, filiale de Volvo, doit faire face à des défis logistiques. Les délais de livraison s'allongent, passant de 12 à 18 mois en moyenne.
Des usines sous pression
Dans l'usine de Saint-Nazaire, les ouvriers travaillent en trois-huit pour répondre à la demande. Pourtant, certains postes restent vacants, faute de main-d'œuvre qualifiée. « Nous recrutons 200 personnes par an, mais il faut six mois pour les former », explique le directeur du site.
À Garchizy, dans la Nièvre, la situation est différente. L'usine, spécialisée dans les pièces détachées, tourne à plein régime. Mais les fournisseurs de composants électroniques, notamment asiatiques, peinent à suivre. Résultat : des stocks s'accumulent, tandis que d'autres pièces manquent.
Une économie de guerre contrastée
Le gouvernement français a débloqué des fonds pour accélérer la production, mais les investissements mettent du temps à porter leurs fruits. « Nous avons besoin de visibilité à long terme », souligne un responsable syndical. Les salariés, eux, voient leur charge de travail augmenter, sans hausse de salaire proportionnelle.
Arquus mise sur l'innovation pour gagner en productivité. Des robots collaboratifs ont été installés dans l'usine de Limoges, permettant de réduire les temps d'assemblage de 30 %. Mais ces technologies coûtent cher et ne peuvent pas être déployées partout.
Des perspectives incertaines
Malgré les difficultés, Arquus affiche un carnet de commandes rempli jusqu'en 2028. La guerre en Ukraine a changé la donne, mais le groupe doit désormais gérer la transition vers une économie de guerre durable. Entre tensions sur les approvisionnements et pression sur les effectifs, le chemin est étroit.
Les syndicats réclament un plan social pour accompagner les mutations. La direction, elle, promet des embauches et des formations. Reste à savoir si le rythme pourra être maintenu sans sacrifier la qualité.



