L'Allemagne s'apprête à vivre une quatrième année consécutive de stagnation économique
Les perspectives économiques de l'Allemagne s'assombrissent considérablement sous le poids du conflit au Moyen-Orient. Selon des sources proches du dossier citées par le Financial Times, le gouvernement allemand s'apprête à réviser à la baisse sa prévision de croissance pour l'année 2025, la faisant passer de 1% à seulement 0,5%. Cette révision, directement liée à la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre en Iran, placerait la première économie européenne au bord d'une quatrième année consécutive de stagnation.
Un plan de relance colossal mais insuffisant
Cette situation persiste malgré le déploiement d'un ambitieux plan de dépenses publiques de 1 000 milliards d'euros, financé par la dette. Le ministère allemand de l'Économie a officiellement reconnu que "le développement économique en Allemagne a nettement perdu de son élan au premier trimestre dans le contexte du conflit au Moyen-Orient". Le chancelier Friedrich Merz a, quant à lui, averti que les effets de cette guerre "se feront sentir pendant longtemps".
La modeste croissance attendue pour cette année sera principalement tirée par "l'impulsion des dépenses publiques", tandis que les moteurs traditionnels de l'économie – investissements privés, exportations et consommation intérieure – sont au point mort. Un nouveau choc énergétique frappe une économie qui n'avait pas encore digéré les conséquences de la guerre en Ukraine.
Une industrie allemande profondément affaiblie
Le secteur industriel, en particulier les industries chimique et pharmaceutique, reste en grande difficulté. La production industrielle est même retombée à son niveau de 2004, un recul historique. Les faillites d'entreprises ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de vingt ans, et le chômage, en hausse constante ces derniers mois, dépasse désormais de 30% son niveau d'avant la crise sanitaire.
Face à cette urgence, le gouvernement tente de limiter l'impact de la crise énergétique sur les citoyens et les entreprises. Un plan de soutien de 1,6 milliard d'euros a été annoncé, comprenant :
- Une baisse temporaire d'environ 0,17 euro par litre sur l'essence et le diesel pendant deux mois.
- Une prime de transport pouvant aller jusqu'à 1 000 euros, exonérée d'impôts et de charges sociales, pour compenser partiellement la hausse des coûts de déplacement.
Des perspectives à moyen terme très sombres
Malgré ces mesures, les économistes dressent un constat alarmant pour les années à venir. Pour Jörg Krämer, économiste en chef de Commerzbank, il est "de plus en plus probable" que 2026 soit "une nouvelle année perdue en termes de croissance", avec une prévision limitée à 0,3%. "C'est pratiquement un zéro noir", résume-t-il.
Même le léger rebond du PIB attendu en 2024 ne permettra pas à l'activité de retrouver son niveau de 2022, la laissant à peine supérieure à celle d'avant la pandémie. "La stagnation est la nouvelle norme", analyse Clemens Fuest, président du think tank Ifo de Munich. Il pointe plusieurs difficultés structurelles persistantes :
- Des coûts énergétiques durablement élevés.
- Un recul de la population active.
- Une faible productivité.
- Une lourdeur bureaucratique handicapante.
L'impact limité des investissements publics massifs
L'effet du plan d'investissements publics de 1 000 milliards d'euros pourrait rester bien en deçà des attentes. La banque Goldman Sachs estime qu'il n'ajoutera que 0,5 point de croissance en 2025. Par ailleurs, la guerre en Iran a brisé tout espoir d'un "climat d'optimisme" susceptible de redynamiser le secteur privé.
Certains experts conservent toutefois un optimisme mesuré, estimant que la mise en œuvre effective du plan budgétaire pourrait suffisamment relancer la consommation et l'emploi pour éviter un scénario catastrophe. Mais le chemin vers une reprise solide et durable semble encore long et semé d'embûches pour l'économie allemande.



