L'Algérie se distingue par un budget militaire exceptionnellement élevé, représentant 5,6 % de son produit intérieur brut (PIB) en 2023, selon un rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Ce ratio place le pays au deuxième rang mondial, derrière l'Ukraine, et ce, malgré l'absence de guerre ouverte sur son territoire.
Un budget militaire colossal en temps de paix
Ce chiffre, qui dépasse largement la moyenne mondiale de 2,2 %, suscite des interrogations. Les dépenses militaires algériennes atteignent environ 18 milliards de dollars par an, soit près de 10 % des dépenses totales de l'État. Pour comparaison, les pays voisins comme le Maroc consacrent environ 3,5 % de leur PIB à la défense, tandis que la Tunisie n'atteint pas 2 %.
Selon le général à la retraite Abdelkader Messahel, ancien ministre des Affaires étrangères, cité par le journal local El Watan, « cette situation s'explique par la volonté de l'État de maintenir une armée puissante pour faire face aux menaces sécuritaires régionales, notamment le terrorisme au Sahel et les tensions avec le Maroc ». Cependant, cette explication ne convainc pas tous les analystes.
Un fardeau économique pour la population
Ce poids militaire pèse sur l'économie algérienne, déjà fragilisée par la dépendance aux hydrocarbures. Le Fonds monétaire international (FMI) a souligné dans un rapport de 2024 que « les dépenses militaires élevées réduisent la marge de manœuvre budgétaire pour les investissements sociaux et économiques ». En effet, le taux de chômage des jeunes atteint 30 %, et les services publics souffrent d'un sous-financement chronique.
L'économiste algérien Mourad Benachenhou estime que « l'Algérie pourrait réaffecter une partie de ces fonds pour diversifier son économie et améliorer le niveau de vie de sa population ». Il ajoute que « le maintien d'une armée aussi coûteuse en temps de paix est un luxe que le pays ne peut plus se permettre ».
Un paradoxe stratégique
Le rapport du SIPRI note que l'Algérie a augmenté ses dépenses militaires de 76 % entre 2014 et 2023, alors même que les recettes pétrolières fluctuent. Cette augmentation coïncide avec des tensions diplomatiques avec le Maroc, notamment autour de la question du Sahara occidental, et une instabilité persistante au Mali et au Niger. Pourtant, aucun conflit armé direct n'a eu lieu.
Le général Messahel défend cette posture : « L'armée algérienne est un rempart contre les ingérences étrangères et les groupes terroristes. Ces dépenses sont nécessaires pour préserver la souveraineté nationale. » Mais pour l'opposition, cette justification cache une mainmise du pouvoir militaire sur la vie politique.
Comparaisons internationales
En valeur absolue, l'Algérie se classe au 22e rang mondial des dépenses militaires, derrière des pays comme l'Inde ou la Corée du Sud. Mais rapporté à son PIB, le ratio est parmi les plus élevés, comparable à celui de l'Arabie saoudite (7,4 %) ou d'Oman (4,7 %). Les États-Unis, pourtant première puissance militaire, ne consacrent que 3,5 % de leur PIB à la défense.
Le rapport souligne également que l'Algérie importe massivement des armes, principalement de Russie et de Chine. En 2023, elle était le troisième importateur d'armes au monde, derrière l'Inde et l'Arabie saoudite. Ces achats incluent des chars, des avions de combat et des systèmes de défense aérienne.
Quelles perspectives ?
Face aux difficultés économiques, le gouvernement algérien a annoncé en 2024 une réduction de 10 % du budget militaire pour 2025, afin de financer des programmes sociaux. Cependant, les experts restent sceptiques sur la mise en œuvre effective de cette mesure. Le FMI recommande une réforme structurelle visant à réduire la part de l'armée dans l'économie, qui contrôle environ 30 % des secteurs clés.
En conclusion, l'Algérie se trouve à un carrefour : maintenir une armée surdimensionnée ou réorienter ses ressources vers le développement. Le choix aura des implications majeures pour l'avenir du pays et sa stabilité régionale.



