Attentat déjoué contre Bank of America à Paris : le groupuscule Hayi dans le viseur
L'enquête sur la tentative d'attentat déjouée samedi dernier contre le siège parisien de Bank of America semble désormais pointer vers le groupuscule pro-iranien « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » (Hayi). Le parquet antiterroriste (Pnat) a annoncé mercredi avoir saisi des juges d'instruction et requis le placement en détention de quatre suspects, dont trois mineurs, dans cette affaire qui préoccupe les services de sécurité français.
Un engin explosif de très forte puissance découvert
Les faits se sont déroulés tôt samedi matin, vers 3h30, rue La Boétie, dans le centre-ouest de Paris. Des policiers ont interpellé un homme de dix-sept ans qui venait de déposer un engin explosif artisanal et s'apprêtait à l'allumer avec un briquet. Dans les jours qui ont suivi, deux mineurs de seize ans et un majeur ont été interpellés à leur tour.
Expertisé par le laboratoire central de la préfecture de police de Paris, le dispositif explosif apparaissait comme composé d'un cylindre en carton d'une contenance de 650g de matière active et d'une mèche. Le laboratoire a précisé qu'il s'agissait du premier artifice de cette puissance retrouvé à sa connaissance en France à ce jour. L'engin, constitué d'un artifice de très forte puissance et d'un bidon contenant de l'essence pour automobiles, aurait pu générer une forte boule de feu de plusieurs mètres de diamètre et propager un incendie dévastateur.
Quatre suspects placés en détention provisoire
Le Pnat a ouvert mercredi une information judiciaire pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, fabrication, détention et transport d'un engin explosif, ainsi que tentatives de destructions en relation avec une entreprise terroriste. Il a requis la mise en examen et le placement en détention provisoire de quatre personnes :
- Trois mineurs au casier judiciaire vierge
- Un majeur, condamné en 2025 pour trafic de stupéfiants
Une cinquième personne, un majeur, a vu sa garde à vue levée sans poursuite à ce stade de l'enquête.
Recrutement sur Snapchat et rémunération
Selon de premiers éléments de l'enquête, conduite par la section antiterroriste de la brigade criminelle de la préfecture de police et de la Direction générale de la sécurité intérieure, les trois mineurs auraient été recrutés dans la nuit du 26 au 27 mars par le majeur pour déposer l'engin explosif, moyennant une somme comprise entre 500 et 1 000 euros.
Si tous contestaient à ce stade une intention terroriste, les mineurs reconnaissaient avoir compris que le lieu ciblé n'était pas un immeuble d'habitation. Le majeur indiquait qu'un tiers se présentant comme un intermédiaire l'avait sollicité via Snapchat pour faire déposer l'engin explosif dans le cadre d'une vengeance personnelle. L'engin lui aurait été remis à son domicile par une personne qu'il ne connaissait pas.
Le lien avec le groupuscule pro-iranien Hayi
La tentative d'attentat « paraît pouvoir être rattachée » au groupuscule pro-iranien « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » (Hayi), « sans que cet élément ait pu être formellement établi, à ce stade de la procédure », précise le Pnat dans son communiqué.
Le 23 mars, les services de police avaient été informés de la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo de propagande émanant du groupe pro-iranien Hayi (Mouvement des compagnons de la main droite de l'islam), visant les intérêts et la communauté juive en France et en Europe, ciblant spécifiquement le siège français de Bank of America.
Le groupuscule a revendiqué ces derniers jours plusieurs attaques contre la communauté juive, en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, confirmant son activité en Europe.
Des « proxies » recrutés en Europe selon le ministre de l'Intérieur
Mercredi matin, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a de nouveau fait état sur franceinfo d'un lien possible entre cette tentative et l'Iran. « On sait que quand il y a des tensions avec l'Iran, ils sont en capacité de déclencher ce type d'action », avec l'aide d'intermédiaires, de « proxies recrutés en Europe », a-t-il ajouté.
Le gouvernement et les services de sécurité mettent en garde, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, contre le risque d'actions à caractère terroriste pouvant viser tout ce qui a trait aux États-Unis et à Israël sur le territoire français. Cette tentative d'attentat contre Bank of America, institution financière américaine, s'inscrirait dans cette logique de tensions géopolitiques régionales.



