Suicide du fils d’un couple de diplomates norvégiens liés à l’affaire Epstein
Suicide du fils de diplomates norvégiens liés à Epstein

L’ombre de Jeffrey Epstein continue de s’étirer sur la Norvège. Le 30 avril 2026, les rédactions du pays découvrent, stupéfaites, le suicide d’Edward Juul Roed-Larsen, survenu la veille aux Émirats arabes unis. À 25 ans à peine, le fils d’un couple de diplomates parmi les plus influents du royaume a choisi de mettre fin à ses jours.

Un communiqué familial pour apaiser les tensions

Dans un communiqué aussitôt relayé par la radiotélévision publique NRK, les avocats de la famille donnent le signal : « La nuit dernière, un fils est mort. Aujourd’hui, deux parents sont en deuil. Cela devrait suffire à ce que nous baissions tous le ton. » Derrière cette injonction à la décence, affleure la critique d’un climat médiatique jugé oppressant dans le pays.

Car ce drame intime s’inscrit dans un contexte brûlant. Depuis plusieurs mois, la Norvège est rattrapée par les ramifications de l’affaire Epstein, qui met en cause les relations entretenues par certaines figures de l’élite nationale avec le financier américain. Parmi elles, Mona Juul et Terje Roed-Larsen – diplomates de premier plan, artisans des accords d’Oslo dans les années 1990 – aujourd’hui visés par une enquête pour corruption aggravée.

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Des accusations de corruption et des liens troublants

Le quotidien Verdens Gang rappelait en mars qu’ils étaient soupçonnés d’avoir bénéficié de « divers services et avantages d’une valeur considérable » de la part d’Epstein : financement immobilier à Oslo, séjour familial sur son île des Caraïbes, prise en charge de services domestiques, ou encore appui professionnel pour leur fils. À cela s’ajoute une révélation troublante, rapportée par Dagbladet : les deux enfants du couple figuraient dans le testament d’Epstein, à hauteur de 10 millions de dollars. Autant d’éléments qui ont nourri, ces dernières semaines, une couverture médiatique intense, parfois intrusive…

La famille dénonce une pression médiatique insoutenable

C’est précisément cette exposition que dénoncent aujourd’hui les conseils du couple. Dans une tribune publiée notamment par le quotidien Aftenposten, ils dressent un réquisitoire sévère contre les médias : « Au centre de cette attention médiatique se trouvent des enfants. Des enfants qui n’ont rien demandé. Des enfants qui n’ont eu aucune influence sur les positions de leurs parents. Des enfants qui n’ont eu aucun contrôle sur les documents, les archives ou les récits relayés dans les médias du monde entier. Et pourtant, ils ont été frappés. »

Plus loin, ils accusent la presse d’avoir substitué à la recherche de vérité une mécanique implacable : « Au lieu de chercher à comprendre, les médias ont entretenu la suspicion. Leurs enquêtes se sont transformées en punitions publiques […] sans limites. » Ils rappellent enfin, avec insistance, l’impossibilité de toute causalité simpliste : « Nous ne savons pas pourquoi ce jeune homme a choisi de mettre fin à ses jours. Il est important de le dire clairement. Nous ne savons pas. Spéculer sur des liens est irresponsable et indigne. Le suicide est toujours complexe. Il n’existe jamais une seule explication, jamais une seule cause, jamais une seule faute. »

Les médias norvégiens sur la défensive

Face à cette mise en cause frontale, les rédactions norvégiennes oscillent entre justification et prudence. Chez Aftenposten, on assume les enquêtes menées : ne pas les conduire aurait relevé de la « négligence ». Mais le journal insiste : « Personne ne sait pourquoi le fils s’est suicidé. »

Du côté de Dagbladet, le ton se fait plus introspectif. Un responsable reconnaît que le tabloïd a « participé à cette pression médiatique ». À NRK, on juge « naturel » que ce drame « suscite un débat important sur la manière dont travaille la presse ». La secrétaire générale de l’Association des rédacteurs en chef, Reidun Kjelling Nyboe déclare : « Les médias traditionnels publient beaucoup. À cela s’ajoutent les réseaux sociaux et d’autres plateformes qui ne sont pas soumises aux règles éthiques de la profession. »

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Réactions politiques et hommages

Anne Holt, romancière à succès et ex-ministre de la Justice, a pris position en faveur de Terje Roed-Larsen et Mona Juul. Sans détour, elle a dénoncé l’atmosphère toxique des échanges publics, estimant que les débats, que ce soit en ligne ou dans les podcasts, avaient « totalement dévié de toute raison ». À l’attention du couple, elle a exprimé sa « profonde et sincère compassion », dans les colonnes de Nettavisen.

La nouvelle a alimenté les spéculations sur les réseaux. Michael Anderson, juriste osloïte, a soulevé une question qui divise : « Pourquoi NRK, qui avait nommé Edward Roed-Larsen dans un article en février 2026, a-t-il retiré son nom seulement vingt minutes après l’annonce de son décès ? »

Sur X, l’émotion l’emporte sur les spéculations. Un message résume l’incompréhension générale : « Le suicide est l’une des épreuves les plus cruelles qui soient. Peu importe les erreurs commises… personne ne mérite une telle fin. Edward n’avait que 25 ans. 25 ans, c’est une vie entière devant soi. »

Côté politique, la gravité est de mise. Per-Willy Amundsen, président de la commission parlementaire chargée d’examiner les liens norvégiens avec Epstein, déclare : « C’est une profonde tragédie qu’un jeune homme choisisse de mettre fin à ses jours. Mes pensées vont à la famille et à tous ceux qui sont touchés. » Quant aux conséquences sur les travaux parlementaires en cours, il reste prudent : « Nous devrons y revenir. » Le ministre des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, évoque, lui aussi, une « tragédie » frappant une famille déjà exposée, précise la chaîne TV2.