Le 1er janvier 2027 marquera l'arrivée d'un nouveau secrétaire général à la tête de l'Organisation des Nations unies. Mais qui prendra la suite d'Antonio Guterres ? Quatre prétendants se sont présentés devant les 193 États membres et des représentants de la société civile mardi et mercredi pour tenter de les convaincre lors de leur grand oral. Il s'agit de la Chilienne Michelle Bachelet, de l'Argentin Rafael Grossi, de la Costaricaine Rebeca Grynspan et du Sénégalais Macky Sall.
Michelle Bachelet : une femme pour redonner confiance
Âgée de 74 ans, Michelle Bachelet a été présidente du Chili à deux reprises, de 2006 à 2010 puis de 2014 à 2018. Elle connaît bien la maison onusienne pour avoir occupé le poste de Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. Elle estime que l'élection d'une femme à la tête de l'ONU serait un signal fort, porteur d'espoir pour de nombreuses personnes. Devant les États membres, elle a plaidé pour une reconstruction de la confiance envers l'organisation, notamment en poursuivant sa réforme en pleine crise politique et financière. Elle défend également l'idée d'un secrétaire général présent sur le terrain, qui soit une voix morale capable de s'exprimer librement, même sous la pression des grandes puissances. Cependant, des élus républicains américains ont déjà appelé à bloquer sa candidature en raison de son soutien au droit à l'avortement. La Chine, de son côté, avait vivement critiqué son rapport sur la situation des Ouïghours.
Rafael Grossi : un diplomate aguerri aux dossiers sensibles
Rafael Grossi, 65 ans, a fait ses armes dans les ambassades d'Argentine en Belgique, au Luxembourg, puis comme ambassadeur en Autriche, en Slovénie et en Slovaquie. Il est surtout connu pour son rôle de directeur général de l'Agence internationale pour l'énergie atomique depuis 2019. Ce poste l'a amené à gérer le dossier du programme nucléaire iranien et les risques liés à la centrale de Zaporijjia, occupée par les forces russes. Deux sujets brûlants impliquant plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité. Le candidat argentin a insisté sur la nécessité pour le futur secrétaire général d'être véritablement présent sur le terrain. Il a promis d'être un secrétaire général qui non seulement prend position, mais agit concrètement pour résoudre les crises, contrairement à ce que certains reprochent à Antonio Guterres, jugé trop distant dans les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient.
Rebeca Grynspan : une artisane de la paix
Rebeca Grynspan, 70 ans, a été ministre puis vice-présidente du Costa Rica dans les années 1990. Elle dirige actuellement la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). À ce titre, elle a négocié en 2022, avec Moscou et Kiev, l'Initiative de la mer Noire pour faciliter l'exportation des céréales ukrainiennes après l'invasion russe. Elle évoque souvent son histoire personnelle : ses parents, juifs, ont fui l'Europe pour échapper à l'Holocauste. Elle déplore que l'ONU soit devenue une organisation conservatrice en matière de risque, estimant qu'elle échoue seulement quand elle n'essaie pas. Lors de son audition, elle a déclaré : « La paix est menacée parce que la confiance envers l'organisation décline et parce que le temps presse pour la restaurer. Si je suis élue secrétaire générale, je serai une artisane de la paix. J'agirai avant que les conflits ne se déclenchent, je serai la première à décrocher le téléphone. J'irai où sont les guerres. Je parlerai à toutes les parties. »
Macky Sall : le plus jeune et le plus contesté
Macky Sall, 64 ans, est le plus jeune des quatre candidats et le seul à ne pas être d'Amérique latine. L'ancien président sénégalais (2012-2024) a mis l'accent sur le lien entre paix et développement, estimant que la paix ne peut être durable si le développement est miné par la pauvreté, les inégalités, l'exclusion et la vulnérabilité climatique. Sa candidature, portée par le Burundi, n'est pas soutenue par l'Union africaine (20 des 55 pays membres s'y opposent) ni par son propre pays. Les autorités sénégalaises l'accusent d'avoir réprimé dans le sang des manifestations politiques ayant causé des dizaines de morts entre 2021 et 2024. Lors de son grand oral, il a plaidé pour un rôle réinventé du secrétaire général afin que l'ONU retrouve sa place autour de la table mondiale. Il a également insisté sur la réforme de l'architecture financière internationale et promis une attention particulière à la promotion des droits humains.



