Ben Gvir-Smotrich : le duo d'extrême droite qui radicalise Israël
Ben Gvir-Smotrich : le duo qui tire Israël vers l'extrême droite

Une lutte à mort qui justifie d'aller jusqu'au bout

La dernière séquence a fait le tour du monde. Itamar Ben Gvir, goguenard, déambule au milieu des participants de la flottille pour Gaza interceptée le 20 mai. Les militants sont agenouillés aux pieds du ministre de la Sécurité nationale, mains liées et front au sol, tandis que résonne l’hymne national israélien.

Dans la foulée, près de dix capitales occidentales, dont la France, qui a interdit de séjour le ministre, condamnent la scène. Même l’ambassadeur américain à Jérusalem, Mike Huckabee, soutien assumé d’Israël, la juge « méprisable ».

Plus rare encore, le chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou, se fend d’une critique publique contre son ministre, jugeant le traitement infligé aux militants non conforme « aux valeurs d’Israël ».

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Un duo qui radicalise le gouvernement

Depuis décembre 2022, Itamar Ben Gvir et son allié, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, radicalisent le gouvernement israélien jusqu’à embarrasser les plus fidèles alliés du pays. Mais Benyamin Netanyahou a lié son sort à ces deux ministres suprémacistes juifs pour retrouver le pouvoir après une année d’alternance.

Quatre ans plus tard, affaibli dans les sondages, alors que les élections pourraient bien être avancées au mois de septembre, le Premier ministre semble ne pas avoir d’autre choix que de préserver cette alliance. « Son sort est trop lié à ce compagnonnage. Il dispose d’une majorité de 68 députés : le départ de 14 députés le mettrait en minorité », explique Denis Charbit, professeur à l’Université Ouverte d’Israël.

Ben Gvir : la provocation comme stratégie

De son côté, Itamar Ben Gvir, condamné à huit reprises, notamment pour racisme et soutien à une organisation terroriste, s’émeut peu de la critique. Il s’en nourrit. « [Ces images] sont une grande source de fierté », s’est-il rengorgé face au tollé provoqué par le traitement des militants de la flotille.

Car toute la stratégie politique de ce personnage clé de l’extrême droite israélienne, issu de la mouvance kahaniste – interdite en Israël pour terrorisme –, repose sur la projection d’une force inébranlable. « Il représente l’extrême droite décomplexée, pour qui aucune norme diplomatique de bienséance ne tient. Pour elle, on est dans une lutte à mort qui justifie d’aller jusqu’au bout », analyse Denis Charbit.

Brutalisation de l'opinion publique israélienne

Cette logique vise d’abord les Palestiniens. Les ONG dénoncent une forte dégradation de leurs conditions de détention, tandis que près d’une centaine de Palestiniens sont morts depuis octobre 2023 dans les prisons de l’État hébreu, qualifiées de « camps de torture » par l’organisation israélienne B’Tselem.

En Cisjordanie, Ben Gvir encourage les violences des colons, en forte hausse depuis le 7 octobre 2023. À Jérusalem-Est, il multiplie les visites sur l’esplanade des Mosquées (le Mont du Temple pour les Juifs), où il a dirigé des prières, au mépris du statu quo en vigueur depuis 1967.

Un de ses derniers coups d’éclat reste la loi adoptée par la Knesset le 30 mars, prévoyant la peine de mort pour les Palestiniens accusés d’acte terroriste meurtrier. Pour ses cinquante ans, début mai, un gâteau orné d’un nœud coulant portait l’inscription : « Parfois les rêves deviennent réalité. »

Cette communication outrancière séduit désormais au-delà de son socle traditionnel, composé de Juifs mizrahim à faibles revenus, qui se sentent ignorés par l’élite laïque de Tel-Aviv. « Son langage musclé touche une partie de la jeunesse qui votera pour la première fois cette année », assure Denis Charbit. Cet attrait « traduit la brutalisation de l’opinion publique israélienne », ajoute le professeur, alors que son parti, crédité de huit à dix sièges sur 120, en vue des prochaines élections, contre six fin 2022, grimpe dans les sondages.

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Smotrich : l'annexion méthodique

À l’inverse, Bezalel Smotrich, autre figure de l’extrême droite nationaliste et religieuse, peine à faire franchir le seuil électoral à son parti. Le fond du discours du ministre des Finances, qui qualifiait Gaza, en septembre 2025, de « mine d’or immobilière », est pourtant tout aussi radical. « Son électorat, l’élite sioniste religieuse, est beaucoup plus bourgeois. Ils partagent les objectifs défendus par Smotrich, mais pas les moyens brutaux et vulgaires mis en œuvre pour y arriver », estime Charbit.

Dès 2017, Bezalel Smotrich, obsédé par l’idée d’« enterrer » toute perspective d’État palestinien, publiait son « Plan décisif », qui prévoyait l’annexion de la Cisjordanie. Depuis son accession au pouvoir en 2022, cette doctrine se traduit par une double manœuvre : l’étranglement économique de l’Autorité palestinienne, via la rétention de plusieurs milliards de dollars de recettes douanières, et l’expansion accélérée des colonies sur les terres palestiniennes.

« Je promets à tous nos ennemis : ce n’est que le début », menaçait-il encore le 19 mai, après avoir promis de raser le hameau de Khan al-Ahmar, en réaction à l’émission d’une demande de mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Après cette ultime provocation, Amnesty International a appelé Israël à renoncer à ce projet de déplacement forcé, qualifié de « crime de guerre ».