Sans surprise, le chef du Kremlin a refusé de rencontrer Volodymyr Zelensky ce 15 mai 2025 à Istanbul. Les deux hommes, homologues depuis six ans, ne se connaissent en réalité que comme belligérants.
Une première rencontre à Paris en 2019
Paris, 9 décembre 2019. Un jeune président, élu depuis quelques mois, fait son entrée dans les salons dorés de l’Élysée. Derrière lui, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron et le chef du Kremlin, l’indévissable Vladimir Poutine. Volodymyr Zelensky garde sur les lèvres un sourire presque mutin. Il sonde la pièce, contourne son homologue russe et va prendre sa place dans un pas précipité à droite d’Emmanuel Macron. De l’autre côté de la table, Vladimir Poutine, visage fermé, marche et s’assied lentement sur son siège.
Dans le cadre d’un format Normandie – qui tire son nom de l’anniversaire du Débarquement célébré par les quatre alliés réunis – c’est la première fois que Zelensky rencontre Poutine. Et déjà, estime l’historienne et rédactrice en chef du média Desk Russie, Galia Ackerman, le chef du Kremlin « pensait à sa future conquête de l’Ukraine ». En réalité, les deux homologues ne se sont toujours connus que comme des belligérants : jamais ils n’ont été en paix.
Six ans de guerre
La guerre en Ukraine, lancée par l’invasion russe en 2022, a atteint de telles proportions qu’elle fait parfois de l’ombre aux conflits antérieurs qui ont divisé l’Ukraine et la Russie. C’est tout juste si on se souvient de la guerre autour de l’annexion de la Crimée. En réalité depuis onze ans, la Russie est présente sur le territoire ukrainien. D’abord avec la Crimée, territoire qu’elle a envahi avec le soutien de séparatistes pro russes. Puis avec le Donbass, qui a subi une invasion à partir de 2014.
Aussi, lors de cette première et dernière rencontre à Paris, les deux pays sont déjà en guerre. Et Zelensky, élu quelques mois plus tôt, pense peut-être naïvement que le format Normandie permettra d’aboutir à un accord avec le maître du Kremlin. « Il avait son programme, il pensait qu’il pourrait s’entendre avec Poutine sur le Donbass. » En réalité, il n’avait aucune chance. « Il n’y avait pas de relations ou de perspective de relations entre Poutine et Zelensky. La rencontre a été très formelle, très courte. »
Déjà qu’à l’époque il était difficile de les voir s’entendre… Imaginez aujourd’hui : « Tout a changé depuis 2019. Il n’y a eu aucune communication directe et les relations sont notoirement mauvaises parce que Poutine a tout fait pour renverser Zelensky. » Depuis aussi, le chef de Kiev a pris en confiance, en maturité. De jeune acteur élu comme par miracle, il est devenu chef de guerre. Arrivé à l’Élysée avec un problème à résoudre, il est désormais face à une réalité dont il fait l’expérience : « Il accuse Poutine d’avoir commencé à mener cette guerre d’agression contre l’Ukraine, d’avoir tué ses concitoyens en grand nombre, d’avoir détruit son pays. Il n’y a pas de relation. Ce sont des belligérants. » Et uniquement ça.
Voué à l’échec
Pour ceux qui observent les deux hommes depuis six ans, cela ne fait aucun doute : « Je ne vois pas pourquoi Poutine se déplacerait en Turquie », analysait Galia Ackerman mardi soir. Et effectivement, deux heures plus tard, le chef du Kremlin confirmait qu’il ne viendrait pas. Pour l’experte de la Russie, une seule chose aurait pu convaincre Poutine de venir rencontrer Zelensky : la pression exercée par Trump. Le cas échéant, « les positions sont tellement éloignées que je ne vois pas ce qu’ils peuvent décider ».
La guerre en Ukraine est dans l’impasse. Le Kremlin en veut trop, et il n’est plus confronté à un jeune chef d’État mais à un Zelensky rodé, fier et protecteur, qui ne veut plus céder. Le seul terrain d’entente entre les belligérants est l’échange de prisonniers. Quant à la perspective de participation d’autres pays dans des discussions, comme ça avait été le cas avec le format Normandie, elle s’éloigne. « Je pense que les dirigeants européens ne voudront même pas rencontrer Poutine. » Et contrairement à 2019, tout le monde le sait. Non seulement le peu de relations qui existaient entre Poutine et Zelensky se sont dégradées, mais a fortiori plus personne ne veut avoir affaire au Kremlin.



