Zack Polanski, l'éco-populiste qui bouscule la gauche britannique
Zack Polanski, l'éco-populiste qui bouscule la gauche

Il a le verbe prompt, l'allure décontractée et l'ambition d'un conquérant. En quelques mois à peine, Zack Polanski s'est imposé comme la figure la plus scrutée d'une gauche britannique en quête de souffle. À la tête du Green Party of England and Wales depuis l'automne, cet orateur au ton volontiers incendiaire revendique une ligne « éco-populiste » assumée, quitte à emprunter certaines ficelles à ses adversaires.

Un style décontracté et des formules choc

Casquette vissée sur le crâne, chemise à carreaux et sourire en coin, Polanski cultive une image à rebours des codes compassés de Westminster. Dans ses meetings comme sur son podcast Bold Politics, il martèle une maxime héritée de Tony Benn : « Si l'on trouve de l'argent pour faire la guerre, on peut en trouver pour aider les gens. » Une formule dont il savoure l'efficacité sur des auditoires conquis.

Ce goût pour la formule choc s'est encore illustré récemment lors d'un déplacement à Glasgow. Évoquant les propriétés écossaises de Donald Trump, il a lancé : « J'aimerais vraiment voir Donald Trump expulsé de ses terrains de golf. On ne devrait pas pouvoir déclencher des guerres illégales et impopulaires et continuer à posséder des golfs. » Avant d'ajouter souhaiter leur « mise en propriété collective ». Une sortie aussitôt qualifiée d'« absurde et ignorante » par l'organisation Trump, rappelle la BBC.

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Une ascension fulgurante

À 43 ans, Polanski a réussi là où ses prédécesseurs tâtonnaient : métamorphoser un parti marginal en force politique ascendante. En quelques mois, les effectifs des Verts ont bondi de moins de 70 000 à près de 200 000 adhérents, tandis que les sondages les créditent d'environ 20 % des intentions de vote. Une progression spectaculaire qui inquiète un Parti travailliste déjà éprouvé par l'exercice du pouvoir.

La victoire récente lors d'une législative partielle à Gorton et Denton – offrant au parti son cinquième député – a confirmé cette dynamique. Polanski, élu triomphalement à la direction, y voit la validation de sa stratégie. Son credo ? Relier crise climatique et inégalités sociales dans un même récit mobilisateur.

Pour ce faire, il n'hésite pas à saluer les talents de conteur de Nigel Farage, figure honnie de nombreux progressistes : « Nous devons capter cette colère et la transformer en espoir, en solutions possibles. » Une stratégie qui tranche avec la culture traditionnelle des Verts, longtemps rétifs à toute rhétorique populiste. Sous cette bannière « éco-populiste », il prône des mesures radicales : nationalisation de l'eau, baisse des factures énergétiques grâce aux renouvelables, ou encore instauration d'un revenu universel inconditionnel.

Une figure aux avis tranchés

Rien ne prédestinait pourtant cet enfant de Salford à une telle trajectoire. Né en 1982, passé par l'université d'Aberystwyth avant de s'installer à Londres, Polanski a longtemps évolué en marge du sérail politique : acteur, hypnothérapeute, conseiller en santé mentale. Un parcours atypique qui nourrit aujourd'hui sa singularité. Mais ce passé alimente aussi les controverses. Un article de tabloïd affirmant qu'il aurait aidé une cliente à augmenter sa poitrine par la seule force de l'esprit resurgit régulièrement. Il l'écarte d'un revers : « Nous sommes tous plus qu'une erreur », plaide-t-il, dénonçant une caricature.

D'abord engagé chez les libéraux-démocrates – qu'il juge désormais trop centristes – il rejoint les Verts en 2017. L'ascension est rapide : responsable local, élu à l'Assemblée de Londres en 2021, puis numéro deux du parti avant d'en prendre la tête. Ouvertement homosexuel et fier de ses origines juives, il choisit à 18 ans de changer de nom afin de renouer avec une identité familiale effacée par l'anglicisation. Militant actif, jusqu'à être arrêté lors d'actions avec Extinction Rebellion, il n'hésite pas à dénoncer ce qu'il qualifie de « génocide » à Gaza, tout en plaidant pour une refonte profonde du système économique.

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Reste à savoir si cette stratégie de rupture portera ses fruits à long terme. Le fonctionnement interne du parti, avec des élections de direction tous les deux ans, expose Polanski à un verdict rapide des militants. Et, à l'horizon 2029, l'épreuve des urnes nationales dira si cet élan relève d'un véritable basculement politique.