Vendredi 1er mai, sur Truth Social, Donald Trump annonce une hausse des droits de douane sur les véhicules européens à 25 %, à compter de la semaine prochaine. Les voitures assemblées sur le sol américain seront exemptées.
La mesure vise en réalité un seul pays. Le même que celui dont le Pentagone confirmait, quelques heures plus tôt, le retrait de 5 000 soldats américains dans les six à douze prochains mois. L'automobile et la sécurité collective : les deux piliers sur lesquels l'Allemagne s'est reconstruite depuis 1945. Donald Trump frappe là où cela fait le plus mal à Berlin.
La querelle iranienne
À l'origine de la double salve, une brouille ouverte entre Friedrich Merz et le président américain autour de la guerre contre l'Iran. Le chancelier avait jugé que Washington se faisait « humilier » par le régime iranien et pointait du doigt l'absence de stratégie américaine dans ce conflit ouvert le 28 février avec les frappes américano-israéliennes sur Téhéran.
C'est sans doute vrai mais est-ce vraiment au chancelier allemand de jeter de l'huile sur le feu ? Sa communication non maîtrisée sur ces sujets, comme sur tant d'autres, devient un vrai problème de sécurité publique pour l'Allemagne. Le SPD, son partenaire de coalition, sera sans doute appelé à verrouiller un peu plus la communication gouvernementale.
En tout cas, la réplique de Donald Trump ne s'est pas fait attendre. Toujours sur Truth Social, il estime que le chancelier Merz ne sait pas de quoi il parle sur le nucléaire iranien. Puis, selon la méthode rodée, il a joint l'attaque sur le commerce à l'invective publique.
La France n'est pas directement exposée sur ce dossier automobile ; elle ne figure pas parmi les grands exportateurs de véhicules vers les États-Unis. Ce qui n'empêche pas le président Macron, comme les autres dirigeants européens, de s'inquiéter d'une nouvelle dégradation de l'atmosphère transatlantique.
Donald Tusk, le Premier ministre polonais, l'a dit à sa manière sur X, le 2 mai, à la mi-journée : « La plus grande menace pour la communauté transatlantique n'est pas ses ennemis externes, mais la désintégration continue de notre alliance, souligne-t-il. Nous devons tous faire tout ce qui est nécessaire pour inverser cette tendance désastreuse. »
Sang-froid affiché, fermeté en sous-sol
Samedi soir, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron ont échangé des messages. Le mot d'ordre convenu : « garder son sang-froid » et « ne pas surréagir » en public. La réaction officielle de la Commission, transmise vendredi soir, est calibrée en ce sens : mesurée dans la forme, ferme en substance.
« L'UE met en œuvre ses engagements conformément aux pratiques législatives normales, en tenant l'administration américaine pleinement informée, a rappelé un porte-parole de la Commission. Si les États-Unis prennent des mesures incompatibles avec la déclaration commune, nous garderons toutes les options ouvertes pour protéger les intérêts de l'UE. »
Sur le canal diplomatique, les messages adressés à Washington sont d'une autre nature. Bruxelles rappelle aux Américains ce qu'il leur reste à accomplir pour revenir à l'accord de Turnberry conclu fin juillet 2025 et que Donald Trump a remis en cause par un décret suivant l'annulation de ses tariffs par la Cour suprême.
Il faut laisser le Parlement européen poursuivre son processus de ratification de l'accord de Turnberry sans constamment saborder son travail par des annonces intempestives. L'UE signifie clairement que toute nouvelle escalade tarifaire ne restera pas sans réponse. La piste implicitement posée sur la table : une taxation sur les géants américains du numérique via l'instrument anti-coercition, l'outil de l'Europe contre les déstabilisations politiques.
Turnberry : un accord violé, une ratification coincée
Il faut rappeler le contexte pour mesurer l'absurdité de cette nouvelle guéguerre. L'accord de Turnberry plaçait à 15 % le plafond des droits de douane entre les deux blocs, ce qui donnait à l'UE un avantage comparatif réel sur l'Inde à 26 %, Taïwan à 32 %, ou le Vietnam.
Cet accord est techniquement violé depuis le 24 février, quand la Cour suprême invalida les tarifs fondés sur l'IEEPA et que Donald Trump, rageur, dégaina aussitôt la section 122 du Trade Act de 1974 – un outil dont l'application cumulative dépasse allègrement le plafond convenu sur le fromage, le vin et les machines-outils. Dès lors, les Américains se mettent en faute. Donald Trump s'est engagé à rétablir la balance en juillet, à la fin de la période de validité de la section 122.
Le Parlement européen avait malgré tout approuvé l'accord en mars – 417 voix pour, 154 contre – mais avait assorti cette approbation d'une « clause sunrise » : les concessions européennes ne s'activeront que lorsque la Commission jugera que Washington a effectivement reconstitué l'équilibre de l'accord convenu à Turnberry. La balle est depuis au Conseil, qui observe et ne se presse pas.
« Inacceptable »
La nouvelle offensive de Trump sur les automobiles a immédiatement provoqué la réaction de Bernd Lange, le président social-démocrate de la commission du Commerce international au Parlement européen. « Le comportement du président Trump est tout simplement inacceptable, juge-t-il. Pour faire pression sur nous, il recourt une fois de plus aux droits de douane. Ses affirmations sont également fausses : au sein de l'UE et du Parlement européen, nous respectons bel et bien l'accord conclu en Écosse. »
Bernd Lange rappelle que les deux retards dans le processus parlementaire ont une cause identifiable : les menaces américaines sur le Groenland d'abord, puis l'invalidation par la Cour suprême des fondements juridiques des tarifs de Trump. Il conclut en brandissant l'Instrument anticoercition (ACI).
Qui paie la facture ?
Sur le fond industriel, la mesure ne frappe pas tous les constructeurs automobiles de la même façon. BMW, qui produit quelque 400 000 véhicules par an sur son site américain de Spartanburg bénéficie de l'exemption sur ses modèles les plus vendus en Amérique. Mercedes, dont l'usine de Tuscaloosa sort 260 000 SUVs annuels, est pareillement protégée sur son segment phare.
Mais les deux groupes continuent d'importer d'Allemagne leurs berlines – Série 3, Série 5 chez BMW ; Classe C, Classe E, Classe S chez Mercedes –, toutes frappées à 25 %.
Volkswagen, lui, exporte vers les États-Unis la quasi-totalité de ses modèles phares : Tiguan, Jetta, Golf, ID.Buzz. L'usine de Chattanooga couvre l'Atlas – une fraction du catalogue américain du groupe. Quant à Porsche et Audi, ils ne produisent rien sur le sol américain. Porsche avait déjà calculé que les tarifs précédents lui avaient coûté 400 millions d'euros sur le seul premier semestre 2025.
Le double signal
L'enjeu dépasse les lignes de production. En visant les voitures allemandes le même jour que le retrait partiel de troupes d'Outre-Rhin, Trump envoie un signal cohérent : les différends avec Berlin se règlent sur plusieurs tableaux à la fois – commerciaux, militaires, géopolitiques.
Pour le chancelier Merz, qui tente de construire une crédibilité européenne en matière de défense tout en gérant une économie sous tension, c'est un double coup de semonce. Pour l'UE, c'est la confirmation que la stabilité de l'accord de Turnberry tient à l'humeur du locataire de la Maison-Blanche – et non à un cadre juridique robuste.
Aucun industriel sérieux ne peut bâtir une perspective d'investissement sur le long terme avec un tel bonhomme à la Maison-Blanche, d'autant qu'il y a toujours une part de bluff dans ses annonces tonitruantes.



