Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a provoqué un tollé politique en Italie en déclarant mercredi 24 juin sur Fox News que 500 avions américains avaient décollé de bases situées en Italie pour soutenir l'opération militaire contre l'Iran, baptisée Epic Fury. Cette affirmation a immédiatement embarrassé la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui avait à plusieurs reprises assuré que le soutien de son pays à Washington était limité à des opérations logistiques et techniques.
Des déclarations qui contredisent le récit officiel
Lors de son passage à Washington, avant de rencontrer le président Donald Trump, Mark Rutte a déclaré : "Pays après pays, allié après allié, tous ont mis leurs bases à la disposition de l’opération Epic Fury. Si l’on prend l’exemple de l’Italie, 500 avions américains ont décollé de bases américaines situées en Italie. C’est un soutien massif." Ces propos ont été relayés par le compte Clash Report sur X (anciennement Twitter).
Giorgia Meloni, présente à un sommet franco-italien dans le sud de la France, a réagi le lendemain en qualifiant le récit de Rutte de "simpliste" et en affirmant qu'il avait "mis dans le même sac des éléments qui sont en réalité très différents, et confondu les types de vols autorisés". Elle a réitéré que l'Italie n'autorisait l'utilisation de ses bases que pour des missions logistiques et techniques, et qu'elle ignorait pourquoi Rutte avait livré ce récit.
Le ministre de la Défense italien exprime sa surprise
Le ministre de la Défense italien, Guido Crosetto, a publié un communiqué exprimant sa "surprise" face à "un message totalement trompeur confondant le type de vols autorisés". En mars, Crosetto avait déjà déclaré que Rome avait refusé à des avions de combat américains se rendant en Iran l'autorisation de ravitailler à la base aérienne de Sigonella, en Sicile. Quelques semaines plus tard, Meloni avait affirmé aux députés que l'Italie "n’avait ni soutenu ni participé" à l'opération militaire.
L'opposition monte au créneau
Les déclarations de Rutte ont offert une opportunité à l'opposition italienne. Giuseppe Provenzano, président de la commission des affaires étrangères du Parti démocrate, a déclaré : "Giorgia Meloni nous avait assuré que l’Italie ne serait pas impliquée, mais nous apprenons qu’au moins 500 avions américains ont décollé du sol italien, ce qui confirme les inquiétudes que nous avions exprimées au Parlement." Angelo Bonelli, chef du parti Alliance des verts et de la gauche, a estimé que les déclarations de Rutte "mettaient à nu les mensonges de Giorgia Meloni" et a qualifié l'affaire de "gravité sans précédent". Giuseppe Conte, chef du Mouvement 5 étoiles, a pour sa part jugé que "les contes de fées du gouvernement s’effondraient".
Meloni se défend en invoquant l'ire de Trump
Pour se défendre, Meloni a avancé que si l'Italie avait apporté un soutien massif, Donald Trump ne l'aurait pas critiquée pour son manque de coopération. "Nous n’avons pas pris part au conflit avec l’Iran. Si cela avait été le cas, rien ne justifierait cette déception que le président américain ne cesse de réitérer très régulièrement", a-t-elle expliqué. Cependant, ses détracteurs ont jugé qu'il s'agissait d'une "mise en scène" pour "dissimuler" la participation italienne sans autorisation parlementaire. L'incident risque d'entacher les relations entre Meloni et Rutte.



