Alors que la Coupe du monde de football 2026 se profile, les tensions entre l'Algérie et le Maroc s'invitent sur le terrain sportif. Selon une analyse du Point, le football est devenu un véritable champ de bataille diplomatique entre les deux pays, où chaque match, chaque candidature et chaque décision de la FIFA sont instrumentalisés.
Le football comme outil d'influence régionale
Depuis plusieurs années, le Maroc et l'Algérie utilisent le football pour renforcer leur soft power au Maghreb et en Afrique. Le Maroc, qui a accueilli la Coupe d'Afrique des nations en 2025 et candidate pour le Mondial 2030, cherche à s'imposer comme une puissance footballistique. De son côté, l'Algérie, forte de sa victoire à la CAN 2019, tente de contrer cette influence. Le match de qualification pour le Mondial 2026 entre les deux équipes, prévu en mars 2025, est déjà considéré comme un sommet diplomatique.
Des incidents diplomatiques récurrents
Les tensions se sont exacerbées après la décision de la FIFA d'interdire les matchs amicaux entre les deux pays en raison de risques de débordements. En 2024, un match de la Ligue des champions africaine entre des clubs algérien et marocain a été annulé après des incidents en tribunes. Selon un diplomate marocain cité par Le Point, « le football est devenu le prolongement de nos différends politiques, notamment autour du Sahara occidental ».
Un enjeu économique et sportif
La Coupe du monde 2026, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, représente un enjeu économique majeur. Les deux pays cherchent à placer leurs joueurs dans les championnats européens pour renforcer leurs sélections. L'Algérie compte 15 joueurs évoluant en Ligue 1 française, tandis que le Maroc mise sur sa diaspora en Espagne et aux Pays-Bas. Selon des données de la FIFA, le nombre de licenciés a augmenté de 30% en Algérie et de 25% au Maroc depuis 2020.
La rivalité s'étend aux instances internationales
Au sein de la FIFA et de la CAF, les deux pays s'affrontent pour obtenir des postes clés. En 2023, l'Algérie a soutenu la candidature de l'Égyptien pour la présidence de la CAF contre le candidat marocain. Cette rivalité a des conséquences sur les décisions d'arbitrage et l'attribution des compétitions. Un ancien dirigeant de la CAF confie : « Chaque vote est un combat diplomatique, et le football en paie le prix. »
Les supporters pris entre deux feux
Les supporters algériens et marocains sont souvent instrumentalisés. Les réseaux sociaux sont le théâtre de campagnes de dénigrement, et les rencontres sportives sont parfois suivies de tensions dans les quartiers des deux communautés en France. Selon une étude du CNRS, 60% des incidents liés au football en France impliquent des supporters algériens ou marocains lors des matchs de leurs sélections. Les autorités françaises redoutent particulièrement le match de qualification pour le Mondial 2026.
Vers une trêve sportive ?
Malgré les tensions, certains appellent à séparer sport et politique. Le président de la Fédération algérienne de football a récemment déclaré : « Nous voulons jouer au football, pas faire la guerre. » Mais la réalité du terrain montre que le Mondial 2026 sera aussi un enjeu diplomatique de premier plan, où chaque but pourrait avoir des répercussions bien au-delà des stades.



