Le Frexit, cette tentation de quitter l'Union européenne qui avait agité la campagne présidentielle de 2017, semble aujourd'hui une hypothèse politique oubliée. Cinq ans après le référendum sur le Brexit, le débat sur une sortie de la France de l'UE s'est évanoui, comme le montre une analyse de la Fondation Jean-Jaurès publiée en juin 2026.
Un concept né dans le sillage du Brexit
Le terme Frexit est apparu en 2016, après le vote britannique en faveur du Brexit. À l'époque, plusieurs candidats à la présidentielle française, notamment Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, avaient intégré cette idée dans leur programme. Selon un sondage de l'Ifop de mai 2017, 26 % des Français se disaient favorables à une sortie de l'UE. Mais ce chiffre n'a cessé de baisser depuis.
En 2022, seuls 15 % des Français soutenaient encore cette option, selon un baromètre de la Commission européenne. Aujourd'hui, le Frexit n'est plus revendiqué par aucun parti politique majeur. Même le Rassemblement national, qui en avait fait un cheval de bataille, a abandonné cette revendication après l'échec de Marine Le Pen en 2022.
Les raisons d'un abandon
Plusieurs facteurs expliquent cette disparition. D'abord, les conséquences chaotiques du Brexit ont refroidi les ardeurs : la livre sterling a chuté de 15 % par rapport à l'euro entre 2016 et 2026, et la croissance britannique a été inférieure de 3 points à celle de la zone euro sur la même période. Ensuite, la crise du Covid-19 a montré l'importance de la solidarité européenne, avec le plan de relance de 750 milliards d'euros adopté en 2020.
« Le Frexit est devenu une idée toxique, car les Français ont vu que le Brexit n'avait apporté que des difficultés économiques et politiques au Royaume-Uni », explique Dominique Reynié, professeur à Sciences Po, dans un entretien au Monde. « Même les eurosceptiques les plus convaincus reconnaissent aujourd'hui que sortir de l'UE serait une catastrophe pour la France. »
Un débat qui resurgit dans d'autres pays
Si le Frexit a disparu en France, d'autres pays européens connaissent des tentations similaires. En Italie, le Mouvement 5 Étoiles a proposé un référendum sur l'euro en 2023, mais sans succès. Aux Pays-Bas, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders milite pour un Nexit. Cependant, aucun de ces mouvements n'a obtenu de majorité pour l'instant.
En France, le débat sur la souveraineté nationale se déplace désormais sur d'autres terrains, comme la réforme des institutions européennes ou la défense des intérêts français dans les négociations commerciales. « L'idée de quitter l'UE a laissé place à une volonté de la réformer de l'intérieur », conclut la Fondation Jean-Jaurès.



