Le 27 avril 2024, Zabih Yaqubee était l'un des éclaireurs de la flamme olympique embarqués à bord du « Belem ». Son père avait été tué par les talibans, il avait quitté l'Afghanistan enfant. « Je suis tellement fier de faire ça pour la France » livrait-il dans l'article publié initialement le jour même.
Un voyage symbolique
En route vers Paris, la flamme olympique ramène de sa terre natale un peu de magie antique et nombre de récits épiques. Des histoires dans l'histoire, celles de tous ces Ulysse qui ont gagné le droit de la porter ou de l'accompagner. Zabih Yaqubee, samedi 27 avril au port du Pirée, juste derrière Tony Estanguet, président du comité d'organisation des JO de Paris, rapporte la sienne.
Des débuts difficiles en Afghanistan
Zabih Yaqubee est né en Afghanistan. Son père a été tué par les talibans, sa mère s'est remariée, il a dû partir vivre chez son oncle à l'âge de 5 ans. À 10 ans, le garçon se trouve seul. Il n'a plus de foyer, travaille dans un restaurant. « Comme je n'avais pas beaucoup d'argent, je dormais sur l'une des tables avec un petit coussin et un drap. »
Se sentant étranger dans son propre pays, il le quitte à seulement 12 ans : d'abord le Pakistan, puis l'Iran d'où il est chassé au bout de trois ans… Il prend la direction de l'Europe, traverse la Turquie, la Grèce, l'Autriche, l'Allemagne, le Danemark et enfin la Suède. Il va y rester quatre ans, se forme au métier d'aide-soignant. Mais le pays scandinave durcit sa politique migratoire. « J'avais des projets, l'idée d'un avenir, j'apprenais le suédois… Devoir partir me donnait envie de mourir. »
L'arrivée en France et le Belem
Le choix se porte vers la France où s'y trouvaient des connaissances. Loin d'une ambiance de village olympique, il se retrouve sous les tentes du campement de la Porte de la Chapelle. « Je n'avais rien et le sentiment d'avoir tout perdu. » Il y est resté deux mois, avant de gagner l'Hérault le temps d'une année. Une grand-tante, installée à La Rochelle, l'encourage à le rejoindre dans la capitale charentaise-maritime. Voilà trois ans que ce passionné de football s'y est installé. Il trouve du soutien auprès de l'association d'insertion AI 17. Il apprend le français (qu'il parle déjà avec une aisance étonnante), travaille dans les espaces verts sur l'île de Ré, a eu l'opportunité l'an dernier de participer à un stage à bord du « Belem », ce bateau qu'il juge « inoubliable ».
Son engagement, son sourire, son enthousiasme convainquent l'AI17 et la Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes de le rappeler à bord pour traverser la Méditerranée avec la précieuse lanterne. Depuis ce samedi donc, l'éclaireur participe à la vie à bord, veille comme l'ensemble de l'équipage sur la petite flamme porteuse de rêves et d'espoirs : « Je suis tellement fier de faire ça pour la France. »
Un avenir prometteur
Il veut apprendre l'électricité pour travailler sur les chantiers navals et compte demander, l'année prochaine, la nationalité française. « J'ai l'impression à 25 ans d'avoir l'expérience d'un homme de 60. C'est pour quoi je pleure quand je regarde en arrière. » Et d'aller de l'avant, en souriant.



