Donald Trump décroche son portable personnel pour une journaliste française
Qui peut se vanter d'avoir reçu un appel de Donald Trump sur son téléphone personnel ? Pas grand monde, mais Margot Haddad, journaliste de LCI, a réussi cet exploit après une trentaine de tentatives ces derniers mois. L'appel, d'une trentaine de secondes, a eu lieu alors que le président américain affirmait être « en réunion en train de gérer les choses directement avec l'Iran ». Il en a profité pour déclarer qu'il « adore la France » et que « tout se passe très bien ».
Une stratégie de communication hyperpersonnalisée
Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine et spécialiste de la rhétorique présidentielle, analyse cet épisode : « C'est typiquement lui, c'est quelque chose qu'il faisait déjà quand il était dans le business. Cet appel n'est pas juste une anecdote folklorique, c'est surtout révélateur d'une présidence hyperpersonnalisée. » Le président américain « adore réduire la distance entre l'institutionnel et la fonction, sa personne privée ».
Répondre à des appels impromptus devient ainsi « un instrument de pouvoir direct », comparable à ses nombreux posts sur Truth Social. Viala-Gaudefroy ajoute que c'est un « prolongement de sa parole spontanée hors des circuits classiques », cohérent avec sa « rhétorique un peu populiste ».
Contrôler le récit médiatique
Cette pratique permet à Trump de « contrôler le récit et de toujours être dans le jeu médiatique ». Le spécialiste souligne un paradoxe : « Il dénonce les fake news et attaque la presse mais, en même temps, il adore que ces mêmes médias le sollicitent, ça le flatte d'être toujours demandé. » Le président met ainsi les journalistes « en concurrence, parce qu'ils veulent tous s'arracher la dernière phrase, le dernier miniscoop ».
Contrairement à certaines affirmations dans la presse américaine, Margot Haddad assure que « très peu de personnes ont ce numéro ». Elle explique : « Il y a tout un processus avant de récupérer ce numéro-là, et ceux qui réussissent sont souvent des personnes passées par une acceptation de son cercle. » La journaliste, qui prépare un livre sur Trump, note qu'il « reconnaît les numéros » et « n'avait pas l'air très surpris quand je lui ai dit qui j'étais ».
L'information, c'est qu'il réponde
Selon Viala-Gaudefroy, le contenu de l'appel importe moins que le fait même de répondre : « Très souvent, il ne dit rien et les échanges sont assez brefs. L'information, c'est finalement qu'il réponde, qu'il casse toutes les barrières et qu'il se montre différent des autres car on peut l'avoir directement. » C'est une manière de « reprendre le contrôle du récit », notamment dans un contexte de critiques sur la gestion du dossier iranien.
Margot Haddad a obtenu des confirmations que Trump était bien dans le Bureau ovale lors de l'appel, en réunion de crise avec Steve Witkoff, contact direct du ministère iranien des Affaires étrangères. « Il n'y a donc pas trop de doutes sur ce qu'il disait », confie-t-elle.
Un manque de sérieux perçu
Viala-Gaudefroy rappelle que Trump s'est rendu à une soirée de MMA pendant une réunion de son vice-président J.D. Vance avec les Iraniens. « Cela ne donne pas une impression de grand sérieux sur le sujet », commente-t-il, ajoutant que le président « n'est jamais dans des niveaux de concentration très élevés très longtemps ».
Cet épisode illustre une communication présidentielle décomplexée, où l'accès direct prime sur le protocole. Une expérience que peu de journalistes peuvent revendiquer, même avec le numéro en main.



