Marshall Ganz, 82 ans, professeur à la Harvard Kennedy School, a conseillé Barack Obama lors de sa campagne de 2007-2008 et Zohran Mamdani pour sa course à la mairie de New York. De passage à Paris pour un cycle de conférences, il a accordé un entretien à L'Obs, publié le 22 juin 2026. Selon lui, « avoir peur de la droite dure sans créer un chemin alternatif, c’est voué à l’échec ». Il insiste sur le pouvoir de l’action collective et les moyens de ne pas désespérer quand on chérit la démocratie.
L’art de l’organizing pour renouveler la démocratie
Ganz est l’auteur de People, Power, and Change: Organizing for Democratic Renewal (Oxford University Press, 2024), bientôt traduit en français. Il qualifie l’ouvrage de « livre de développement collectif », antidote au développement personnel. Il y enseigne comment organiser le pouvoir collectif pour sauver la démocratie. Interrogé sur les raisons de son optimisme, il répond : « Je ne suis pas optimiste, je suis organisé. L’espoir n’est pas un sentiment, c’est une pratique. »
Une méthode éprouvée auprès d’Obama et Mamdani
Ganz a mis sa méthode au service de la campagne de Barack Obama en 2007 et 2008, puis de Zohran Mamdani, candidat à la mairie de New York. Il explique que l’organizing consiste à « transformer la peur en espoir, la colère en action, et l’isolement en solidarité ». Il critique la stratégie de certains démocrates qui se focalisent sur la peur de l’extrême droite : « Si vous avez peur de la droite dure sans proposer un chemin alternatif, vous êtes voués à l’échec. »
Un appel à l’action collective
Ganz rappelle que le changement social ne vient pas des individus seuls, mais des communautés organisées. « Nous devons raconter des histoires de nous, pas seulement de moi », dit-il. Il cite l’exemple du mouvement des droits civiques aux États-Unis, qui a combiné espoir et stratégie. Selon lui, la démocratie ne se défend pas par la peur, mais par la construction de pouvoir collectif.
Lors de son passage à Paris, Ganz a animé des ateliers avec des militants français. Il a souligné l’importance de la narration : « Les histoires que nous racontons sur nous-mêmes et sur notre avenir sont cruciales. Sans elles, nous n’avons pas de cap. » Il ajoute que les progressistes doivent « cesser de réagir à l’agenda de la droite et proposer leur propre vision ». Selon lui, la clé est de « transformer les électeurs en acteurs, et les spectateurs en participants ».
Un antidote au désespoir
Interrogé sur la montée de l’extrême droite en Europe et aux États-Unis, Ganz répond : « La peur est une émotion puissante, mais elle paralyse. L’espoir, lui, mobilise. » Il encourage les citoyens à s’engager localement, à former des alliances et à développer des compétences d’organisation. « Chaque mouvement commence par une conversation, puis par une action, puis par une organisation », conclut-il.



