Joséphine Japy et Raphaël Personnaz se confient sur le film d'espionnage « Mata »
Japy et Personnaz se confient sur « Mata »

Joséphine Japy et Raphaël Personnaz sont à l'affiche de « Mata », un film d'espionnage où la réalisatrice Rachel Lang privilégie la psychologie à l'action pure et dure. Dans ce long-métrage, Eye Haïdara incarne Mata, une agente de la DGSE blessée lors d'une opération clandestine au Niger, qui perd la trace de son compagnon Antoine, joué par Raphaël Personnaz, capturé sur place. De retour en France, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire, mais convaincue que ses supérieurs lui cachent des informations, elle mène une enquête hors des cadres officiels.

Espionnage : un genre revisité

Le film aborde les services secrets français sous un angle psychologique. Raphaël Personnaz, qui interprète l'agent kidnappé, évoque son attrait pour les films d'espionnage : « Un des premiers du genre que j'ai vus, c'est un vieux James Bond, 'On ne vit que deux fois'. En France, la série 'Le Bureau des légendes' a nourri mon goût pour cela. Le fait que Rachel Lang nous convie à participer à cette proposition atypique dans le cinéma français, sans chercher à imiter le style américain – ce qui aurait été une erreur – m'a séduit. On retrouve dans 'Mata' sa personnalité, son histoire, car elle a été elle-même officier de réserve. »

Solitude : un parallèle avec le métier d'acteur

L'analyse du quotidien des agents met en lumière des similitudes avec le travail des comédiens, notamment lors du retour à la vie normale. Joséphine Japy détaille cette transition : « La capacité à quitter son domicile, à changer d'environnement, à se mettre en situation de fragilité et de vulnérabilité m'a marquée, car cela caractérise aussi bien la vie des acteurs que celle des agents, qui ont cependant la notion de danger en plus. » Raphaël Personnaz ajoute : « Quand on est derrière un rideau de théâtre ou juste avant de tourner une scène, on est seul. Cette solitude est parfois particulièrement difficile. Et quand on rentre chez soi, on est également seul. Par nature, ce vécu est difficile à partager. »

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Corporalité : une préparation physique intense

Les acteurs ont suivi une préparation physique de plusieurs jours pour s'imprégner de l'énergie de leurs personnages. Raphaël Personnaz raconte : « Pendant trois jours et deux nuits, nous nous sommes retrouvés dans les conditions des agents secrets, jusqu'à observer nos réactions. Pour ma part, cela a créé une paranoïa. C'est assez hallucinant. » Joséphine Japy complète : « Durant cet atelier, le corps réagit immédiatement. D'habitude, j'ai tendance à trop réfléchir. Cela m'a permis de lâcher prise à l'écran. D'ailleurs, j'ai eu une poussée de fièvre un soir au cours de ces 48 heures. Il n'y avait pas le temps de se poser de questions. Aller vers l'instinct, parfois, est très intéressant. »

Second rôle : une approche alternative de la carrière

Accepter un rôle secondaire est présenté par les interprètes comme une alternative aux parcours traditionnels. Joséphine Japy compare cette pratique avec les habitudes américaines : « Quand j'étais plus jeune, on pensait qu'il fallait obtenir des rôles de plus en plus grands. Aujourd'hui, je réalise que ce n'est pas la bonne façon de concevoir une carrière. Les Américains ont cette culture, cette souplesse. Il suffit de voir Matthew McConaughey dans 'Le Loup de Wall Street'. Sans oublier qu'être moins présent sur le plateau permet de s'engager dans plusieurs projets, de varier... C'est très agréable. »

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Notre avis

À bien des égards, « Mata » est un film curieux, un vrai-faux thriller d'espionnage où le genre sert de prétexte pour explorer une lutte intérieure. Celle d'une femme « mise au placard » dans les bureaux, qui s'acharne à retourner sur le terrain en zone dangereuse sans jamais y parvenir. Mata agit donc en sous-marin depuis Paris et se raccroche à ce qu'elle peut pour sauver son partenaire enlevé. L'action est reléguée à l'introduction et à une séquence oubliable à l'étranger. Rachel Lang cherche à interroger la notion de vérité et à plonger dans la psyché de son héroïne, une femme de poigne, résiliente, empêchée et meurtrie, interprétée avec conviction par Eye Haïdara. Le film dépeint également l'envers du décor, les rouages administratifs de l'espionnage, quitte à ce que cette vie semble parfois pesante, tant pour l'action-woman que pour le spectateur.