Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a publié un rapport détaillant les principales menaces pesant sur le Canada. Ce document, rendu public par le directeur Daniel Rogers, témoigne d'une transparence rare pour un service de renseignement. Rogers explique que cette publication vise à aider la population à mieux comprendre le contexte de sécurité nationale et à renforcer sa résilience face aux dangers.
Les principales menaces identifiées
Le rapport met en avant des dangers similaires à ceux des autres pays occidentaux : ingérence étrangère, espionnage, cyberattaques, terrorisme, extrémisme violent et pillage des innovations. Il fournit des informations précises sur les agressions récentes, ayant conduit à la production de 1 518 notes et à l'ouverture de 100 enquêtes judiciaires en 2025.
La guerre hybride russe
Le Canada est la cible de la guerre hybride menée par Moscou, combinant espionnage, sabotage, désinformation et opérations d'influence. L'objectif est d'amplifier les divisions, de discréditer le soutien canadien à l'Ukraine et de polariser l'opinion publique. Le rapport cite l'unité APT28 (Fancy Bear) qui a ciblé des entreprises fournissant de l'aide à l'Ukraine, piratant des comptes de messagerie et volant des informations sensibles. Le SCRS a également déjoué des tentatives d'approvisionnement illicite de composants microélectroniques, de technologies satellitaires et d'armes de précision en violation des sanctions internationales.
Les actions iraniennes contre les dissidents
Le SCRS signale des actions d'entités proches du régime iranien visant la communauté iranienne en exil. En juillet 2025, le groupe hacktiviste Handala Hack Team a publié les données personnelles de journalistes farsi, dont un résident permanent canadien. Ce journaliste a reçu des centaines de menaces de violence, et sa famille en Iran a été harcelée par les autorités. Le rapport mentionne également des tentatives de meurtre, d'enlèvement et de harcèlement.
L'offensive chinoise
La Chine poursuit une stratégie de recrutement massif de citoyens canadiens via de fausses offres d'emploi en ligne, ciblant ceux ayant accès à des informations confidentielles. Le SCRS a publié une alerte de sécurité publique nommant un agent chinois gravitant autour de la communauté universitaire. Il a aussi contrecarré les efforts de recrutement d'anciens militaires canadiens pour former des pilotes de l'armée chinoise. Le groupe de hackeurs Salt Typhoon a ciblé des entreprises de télécommunication, des infrastructures de transport et militaires.
Extrémisme et terrorisme
Le rapport cite le démantèlement en juillet 2025 du groupe Hide & Stalk, une milice composée de membres des Forces armées canadiennes. Des perquisitions à Québec ont saisi 16 engins explosifs, 83 armes à feu, 130 chargeurs, 11 000 munitions, des lunettes de vision nocturne et du matériel militaire. Le SCRS a aidé à démanteler le collectif Terrorgram, un réseau néonazis ayant inspiré des attentats en Slovaquie, au Brésil et en Turquie. En août 2025, un mineur de Montréal a été arrêté alors qu'il planifiait des attaques au nom de l'État islamique visant la communauté juive et des policiers. Près d'une enquête antiterroriste sur dix implique désormais des mineurs, certains dès 13 ans.
Vers une diversification des partenariats
Le rapport reste discret sur la coopération avec les États-Unis, mais le directeur Daniel Rogers suggère une volonté d'émancipation : « Nous avons continué de bâtir de nouvelles relations bilatérales et multilatérales, et d'approfondir nos partenariats en Europe, dans l'Indo-Pacifique et au Moyen-Orient. » Le Canada cherche ainsi à ne pas dépendre uniquement de son voisin américain, tout en restant membre du réseau Five Eyes.



