Tireur du gala des correspondants : le suspect lié à un groupe militant
Tireur du gala des correspondants : suspect lié à un groupe

Est-on sur le point d'éclairer les motivations du tireur du gala des correspondants de presse ? Ce lundi, le principal suspect de l'événement de ce week-end, Cole Tomas Allen, a comparu devant un tribunal fédéral de Washington pour tentative d'assassinat, avant d'être de nouveau placé en détention dans l'attente d'une nouvelle comparution. Si les raisons de son geste de samedi demeurent floues, les déclarations de la sœur du suspect aux services secrets pourraient changer la donne.

Les liens de Cole Allen avec les Wide Awake

D'après elle, Cole Allen a participé aux marches anti-Trump « No Kings » organisées à travers les États-Unis en mars. Il ferait également partie du groupe militant des « Wide Awake ». Cette formation, vieille de plus de cent ans, qualifiée tour à tour de progressiste et proche de l'extrême gauche par la presse américaine, a connu une seconde jeunesse pendant les manifestations « Black Lives Matter » de 2020. À plusieurs reprises, au moment de l'élection présidentielle de cette même année, elle a rassemblé des milliers de personnes dans les rues de New York et de Washington autour de vêtements colorés et de pancartes incitant à voter, dans des processions festives. Outre son antiracisme revendiqué et l'accent mis sur la non-violence, le groupe s'est historiquement positionné comme anti-Trump. Impossible, cependant, de savoir si elle dispose d'une organisation centralisée.

« S'émanciper sans violence »

D'après Tariq Trotter, l'un des hommes derrière la renaissance du mouvement, qui s'était confié au New York Times en 2020, « tout au long de l'histoire, ce sont les jeunes, les créatifs, les intellectuels, les philosophes et les visionnaires qui ont compris le pouvoir de l'union et qui ont contribué aux plus grands progrès. C'est ce que représentent les Wide Awakes : la version moderne d'un phénomène que nous avons vu émerger à différentes époques, selon les besoins ». Les adeptes actuels du mouvement ont, au moment de la renaissance de la formation, mis l'accent sur des costumes colorés. Sur le site « Wide Awakes », on retrouve d'ailleurs des photographies de ces costumes, mais aussi de banderoles et bannières colorées portées lors de manifestations avec le nom du groupe. La page d'accueil précise : « The Wide Awakes réinvente radicalement l'avenir grâce à la collaboration créative. Nous sommes une communauté de voix qui accueillent les idées et l'adhésion de tous, tandis que nous développons ce mouvement pour créer ensemble une nouvelle culture dans la poursuite de la libération de l'esprit, du corps et de l'âme. »

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Plusieurs grands principes y sont également listés : « pleine conscience », « générosité », « écoute radicale », « communication claire et honnête », « responsabilité personnelle », « imputabilité ». Le site explique aussi le mantra du groupe militant : « Nous sommes infinis, disruptifs, visionnaires et responsables. » Il indique que ses membres aspirent « à la complexité radicale de la diversité » et veulent « s'émanciper sans violence ». Et de conclure : « Élargir nos perspectives contribue à un monde plus sûr. »

Un mouvement datant de 1860

Cette formation trouve ses racines dans un mouvement abolitionniste bien plus ancien, lui aussi non-violent, et qui se mobilisait contre l'esclavage et en faveur d'Abraham Lincoln. Celui-ci a vu le jour de manière spontanée à Hartford (Connecticut) en mars 1860, après qu'un groupe de partisans républicains s'étaient rassemblés autour de Cassius Clay, un abolitionniste du Kentucky. Sous la bannière « Liberté d'expression, sol libre, hommes libres », les premiers membres des « Wide Awake » défilaient à travers de spectaculaires rassemblements dans les villes du nord des États-Unis.

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À l'époque, les adeptes du mouvement étaient reconnaissables aux tenues vestimentaires qu'ils portaient. Quand ils défilaient, ils portaient des capes et des bonnets en toile cirée pour se protéger des gouttes d'huile brûlante qui tombaient des torches qu'ils avaient à la main. Le mouvement de 1860 a rapidement gagné une grande partie du Nord, dont des déclinaisons existaient, un temps, dans chaque grande ville ou presque, donnant naissance à des défilés massifs rassemblant des milliers de personnes. Des cortèges qui ont rapidement inquiété le Sud, dont les médias d'alors dépeignaient des manifestations certes non armées, mais organisées presque militairement, et y voyaient le signe avant-coureur d'une invasion imminente du Nord en cas d'élection d'Abraham Lincoln. En réponse à cette menace imaginaire, se sont créées spontanément les « Minute Men », des milices locales dans plusieurs villes comme La Nouvelle-Orléans, Augusta ou Charleston. Des tensions entre les deux groupes ont vu le jour, et une partie des adeptes du mouvement « Wide Awake » ont rejoint l'armée de l'Union. Un basculement vers la guerre marquait la fin d'une époque pour une bannière qui, dès ses origines, portait en elle une dimension politique inflammable. Aujourd'hui, cette charge symbolique se réactive après les événements de ce week-end, même si le mouvement revendique toujours sa non-violence.