La cour d'appel de Paris a validé la saisie pénale de la villa Maïgrana, une luxueuse propriété située à Saint-Jean-Cap-Ferrat, estimée à 23 millions d'euros. Cette décision confirme la stratégie antiblanchiment de la justice française face aux avoirs des oligarques russes, en lien avec l'ancien ministre russe Viktor Khristenko.
Une décision attendue
Cette validation, particulièrement attendue par les magistrats financiers et les enquêteurs, légitime les procédures lancées après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Elle confirme que la complexité des montages financiers offshore justifie la confiscation des biens.
Un patrimoine occulte sur la Côte d'Azur
Au cœur du dossier, la justice soupçonne un vaste blanchiment d'argent impliquant Viktor Khristenko, ancien ministre russe de l'Industrie, et son épouse Tatiana Golikova, vice-présidente du gouvernement de Vladimir Poutine. Le couple détiendrait un important patrimoine immobilier occulte en Europe.
Première propriété saisie dans le contexte du conflit ukrainien, la villa Maïgrana a été repérée par Tracfin dès l'été 2022, après une transaction suspecte de 23 millions d'euros réalisée juste après le début de la guerre.
Montages complexes
L'enquête a révélé un montage complexe de holdings à Chypre, aux îles Vierges britanniques et au Panama. La vente officielle entre la société suisse Corram SA et la SCI française Summer Estate a été bloquée par une banque du Liechtenstein. Les enquêteurs ont découvert que Viktor Khristenko et son fils se cachaient derrière le vendeur et l'acheteur, dans une opération de transfert « circulaire » visant à dissimuler les structures offshore.
Outre la villa, la justice a gelé 17,2 millions d'euros liés à cette transaction.
Un enjeu à 1 milliard d'euros
Cette décision offre une base juridique solide au Parquet national anticriminalité organisée (Pnao). La loi permet désormais de présumer l'infraction de blanchiment dès lors qu'un montage financier vise l'anonymat, charge au propriétaire de prouver l'origine licite de ses fonds.
La défense dénonce un mécanisme « illégal et inconstitutionnel » basé sur des présomptions, et a formé un pourvoi en Cassation.
Une vingtaine d'enquêtes similaires ciblent le patrimoine d'oligarques russes en France, avec une dizaine de saisies majeures sur la Côte d'Azur pour une valeur totale frôlant le milliard d'euros.



