Dans une récente tribune publiée dans nos colonnes, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel critiquaient le concept de « racisation », estimant qu'il contribuait à diviser la société française. Sarah Mazouz, sociologue spécialiste des questions raciales, leur répond point par point, défendant l'utilité heuristique et politique de ce concept.
Un concept mal compris
Pour Sarah Mazouz, la racisation ne crée pas de divisions, mais rend visibles des processus déjà à l'œuvre. « Le concept de racisation ne produit pas la division de la société, il permet de nommer des mécanismes de discrimination et d'assignation identitaire qui existent indépendamment du discours scientifique », explique-t-elle. Selon elle, refuser d'employer ce terme revient à invisibiliser des expériences vécues par des minorités.
Des critiques infondées
Les deux historiens accusent la racisation d'être un concept importé des universités américaines, inadapté au contexte français. Mazouz rétorque que les recherches sur le racisme en France ont toujours eu recours à des outils théoriques variés, et que la racisation s'inscrit dans une tradition intellectuelle française, notamment les travaux de Colette Guillaumin. « Il ne s'agit pas d'un simple copier-coller, mais d'une adaptation rigoureuse à notre réalité sociale », insiste-t-elle.
Une nécessité politique
Au-delà du débat académique, Sarah Mazouz souligne l'importance politique de ce concept. « Nommer la racisation, c'est donner des clés pour comprendre les inégalités et lutter contre elles. C'est un outil pour les mouvements sociaux et les politiques publiques », affirme-t-elle. Elle regrette que certains intellectuels cherchent à délégitimer ces analyses au nom d'un universalisme abstrait qui ignore les discriminations concrètes.
Un dialogue nécessaire
La sociologue appelle à un débat serein et constructif. « Nous devons pouvoir discuter de ces concepts sans accusations de division ou de communautarisme. La recherche en sciences sociales doit être libre et rigoureuse », conclut-elle. Cet échange illustre les tensions actuelles autour des questions raciales en France, mais aussi la vitalité du débat intellectuel.



