Dix ans après la condamnation historique d'Hissène Habré, les victimes tchadiennes dressent un bilan mitigé
Le 30 mai 2016, l'ancien président tchadien Hissène Habré était condamné à la prison à vie par le Tribunal pénal spécial pour le Sénégal, une première pour un ancien chef d'État africain jugé sur le continent. Dix ans plus tard, les survivants et les familles des victimes de son régime (1982-1990) estiment que les promesses de justice et de réparation n'ont été que partiellement tenues.
L'Association des victimes du régime d'Hissène Habré (AVRHH) dénonce un contrat largement non rempli. Sur les 7 500 millions de francs CFA d'indemnités allouées par la Cour pénale spéciale, seuls 20 % ont été versés à ce jour. Les procédures administratives complexes et le manque de volonté politique expliquent ces retards.
Les obstacles à la réparation
- Les victimes doivent fournir des documents d'identité souvent inexistants ou perdus.
- Les fonds, gérés par une commission mixte tchado-sénégalaise, sont bloqués par des lenteurs bureaucratiques.
- Certaines victimes vivent dans des zones reculées sans accès aux structures bancaires.
Par ailleurs, l'impunité des anciens responsables du régime Habré demeure un sujet de colère. Plusieurs hauts gradés de l'armée tchadienne impliqués dans les massacres n'ont jamais été inquiétés. Le président actuel, Mahamat Idriss Déby, n'a pas donné suite aux demandes de poursuites.
Un héritage judiciaire fragile
Le procès Habré a marqué une avancée majeure dans la lutte contre l'impunité en Afrique. Cependant, les victimes craignent que cet héritage ne s'efface si les réparations ne sont pas finalisées. « Nous avons gagné au tribunal, mais nous perdons dans la vie réelle », confie une veuve d'un opposant exécuté.
Des associations internationales, comme Human Rights Watch, appellent le Tchad et le Sénégal à accélérer le processus d'indemnisation et à engager des poursuites contre les complices encore en liberté. La communauté internationale est également interpellée pour garantir le suivi de ce dossier emblématique.
Alors que le Tchad traverse une transition politique délicate après la mort d'Idriss Déby, les victimes d'Hissène Habré espèrent que leur combat ne sera pas oublié. Le contrat moral passé avec elles reste, pour l'instant, largement non exécuté.



