ONG dénonce le profilage racial par les amendes en France
ONG dénonce le profilage racial par les amendes en France

Dans un rapport publié ce mercredi 17 juin 2026, l'ONG Human Rights Watch épingle les comportements de policiers français. En cause : la multiplication des amendes pour des « infractions présumées à la tranquillité publique » harcelant des jeunes hommes perçus comme Noirs, Arabes ou Nord-Africains. Elle dénonce un « profilage racial ».

Des verbalisations arbitraires pointées du doigt

Le rapport de Human Rights Watch pointe des verbalisations très arbitraires. « Des amendes policières discriminatoires piègent les jeunes dans le surendettement. » C'est l'intitulé sans équivoque de la dernière étude réalisée par l'ONG et publiée ce mercredi 17 juin 2026. Dans ce rapport, l'organisation internationale a documenté les agissements de la police française entre février 2025 et avril 2026, en s'appuyant sur 42 entretiens. À cela s'ajoute notamment l'examen des rapports du Défenseur des droits, d'études universitaires ou encore d'articles de presse « décrivant le caractère généralisé et la motivation raciale des pratiques de verbalisation ».

Il en ressort ce constat : « La police française verbalise des infractions présumées à la tranquillité publique pour harceler des garçons et jeunes hommes perçus comme Noirs, Arabes ou Nord-Africains et les évincer de l'espace public dans leurs propres quartiers », synthétise l'ONG dans ses conclusions. Une pratique qui expose, par ailleurs, les publics visés au surendettement. Ainsi, l'étude mentionne notamment le cas de Djibril, un homme de 24 ans originaire de l'Essonne, « qui a accumulé depuis son enfance 36 000 euros d'amendes impayées », expliquant que « l'État saisissait une grande partie de son modeste salaire mensuel de 500 à 600 euros afin de rembourser sa dette ».

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Usage de « pouvoirs excessifs »

Concrètement, l'ONG détaille les expériences vécues par des garçons et jeunes hommes de quartiers populaires français et donnant lieu à des verbalisations jugées abusives. « Des infractions telles que tapage, dépôt de déchets hors des emplacements autorisés et déversement de liquides insalubres – alors qu'ils ne font que vaquer à leurs occupations quotidiennes, comme discuter devant chez eux ou faire du sport dans un parc de quartier », pointe Human Rights Watch, ajoutant que « ces amendes sont émises sur la base d'observations subjectives ».

Plus préoccupant, le rapport étaye des faits de verbalisations douteuses. Ainsi, des personnes interrogées ont-elles fait état d'amendes reçues « pour des faits prétendument commis à des endroits et à des moments où ils ne pouvaient pas les avoir commis, notamment alors qu'ils se trouvaient à l'étranger ou à l'hôpital, et sans avoir eu de contact direct avec des agents de police ». Et ceux dès l'âge de 13 ans.

Une lettre envoyée au ministre de l'Intérieur

Ce n'est pas la première fois que des agissements discriminatoires émanant de la police française sont pointés. Ainsi, le Défenseur des droits épinglait déjà en avril 2025 l'utilisation du terme « indésirables » pour classer les amendes forfaitaires contraventionnelles dressées à des jeunes perçus comme Noirs, Arabes ou Nord-Africains. « Une désignation dépourvue de tout fondement juridique », rappelle Human Rights Watch, qui a, par ailleurs, envoyé le contenu de son dernier rapport au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. À laquelle ce dernier a répondu. Contestant les conclusions du rapport de l'ONG, celui-ci affirme que la mention « indésirables » a désormais été supprimée des systèmes informatiques de la police. Laurent Nuñez assure, quant à lui, « que les personnes visées par ces amendes disposent d'un droit de recours et qualifiant ces amendes d'“outils indispensables en matière de restauration de la sécurité du quotidien” », précise un communiqué de l'ONG mis en ligne ce mercredi.

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Une série de recommandations claires

Passé le constat, Human Rights Watch liste en conclusions une série de recommandations claires pour mettre un terme à ces discriminations. Parmi elles : « supprimer du Code pénal les infractions relatives aux nuisances sonores, au rejet de liquides insalubres et aux déchets sauvages » charriant un flou trop important sur leur caractérisation ou encore « adopter des réformes juridiques » ciblant ces agissements. Dans l'intervalle, l'ONG réclame aussi l'annulation « de toutes les dettes d'amendes en cours pour les infractions évoquées ».