L'interdiction du mariage entre cousins, imposée par l'Église catholique au Moyen Âge, aurait joué un rôle clé dans l'émergence de l'esprit individualiste occidental. C'est ce que suggère une étude publiée dans la revue Science, qui analyse l'impact de cette règle sur les structures familiales et sociales.
Une règle religieuse aux conséquences profondes
À partir du VIe siècle, l'Église catholique a progressivement interdit les unions entre cousins jusqu'au septième degré de parenté. Cette décision visait à affaiblir les clans familiaux et à renforcer l'autorité de l'Église. En empêchant les mariages au sein des familles élargies, elle a contraint les individus à nouer des alliances en dehors de leur cercle de parenté.
Selon l'étude menée par des chercheurs de l'Université de Stanford et de l'Université de Californie à Berkeley, cette interdiction a eu des répercussions durables sur la psychologie et les valeurs des populations européennes. Les sociétés où le mariage entre cousins était prohibé ont développé un individualisme plus marqué, avec une plus grande confiance envers les étrangers et une moindre importance accordée aux liens familiaux.
Un lien entre mariage interdit et valeurs modernes
Les chercheurs ont comparé des données historiques sur les lois matrimoniales avec des enquêtes contemporaines sur les valeurs. Ils ont constaté que les régions où l'Église a imposé cette interdiction dès le Moyen Âge présentent aujourd'hui des taux plus élevés de confiance interpersonnelle et d'individualisme. En revanche, dans les zones où l'interdiction a été moins stricte ou plus tardive, comme dans certaines parties de l'Europe de l'Est, les valeurs restent plus collectivistes.
« L'interdiction du mariage entre cousins a brisé les réseaux familiaux étendus, poussant les gens à coopérer avec des non-parents », explique le professeur Jonathan Schulz, co-auteur de l'étude. « Cela a favorisé le développement d'institutions plus impartiales et d'une société plus ouverte. »
Des chiffres qui parlent
L'étude s'appuie sur une analyse de 160 sociétés historiques et de données génétiques modernes. Les résultats montrent que dans les régions où le mariage entre cousins était interdit, la confiance envers les inconnus est en moyenne 20 % plus élevée que dans les régions où il était autorisé. De plus, les taux de mariages entre cousins aujourd'hui sont corrélés négativement avec des indicateurs de développement économique et de démocratie.
« Cette recherche met en lumière comment une règle religieuse médiévale a façonné des différences culturelles qui persistent encore aujourd'hui », ajoute le professeur Joseph Henrich, également co-auteur. « Cela montre que les institutions peuvent avoir un impact profond sur la psychologie humaine. »
Une influence jusqu'à la psychologie moderne
Les implications de cette étude vont au-delà de l'histoire. Elles suggèrent que les normes sociales et religieuses peuvent modeler des traits psychologiques fondamentaux, comme l'individualisme ou la confiance. Les chercheurs estiment que ces découvertes aident à comprendre pourquoi certaines sociétés sont plus enclines à l'innovation, à la coopération et à la démocratie.
En conclusion, l'interdiction du mariage entre cousins par l'Église catholique a non seulement transformé les structures familiales, mais a également contribué à forger l'esprit occidental, caractérisé par l'autonomie individuelle et la confiance envers les étrangers. Une preuve que des décisions prises il y a plus de mille ans continuent d'influencer notre présent.



