Alors que les entreprises de la défense multiplient les campagnes de recrutement dans les écoles d'ingénieurs et les universités, une partie croissante des jeunes diplômés oppose un refus catégorique. "Travailler à construire des armes, c'est la ligne rouge que je ne passerai jamais", confie Emma, 24 ans, fraîchement diplômée d'une grande école d'ingénieurs. Comme elle, ils sont nombreux à considérer que leur compétences ne doivent pas servir à fabriquer des outils de destruction.
Une attractivité en hausse malgré tout
Le secteur de la défense, porté par des budgets en augmentation et des tensions géopolitiques, recrute massivement. Selon le Groupement des industries de défense et de sécurité (GICAT), les effectifs ont augmenté de 15% en cinq ans. Les salaires proposés, souvent supérieurs à la moyenne, attirent. Pourtant, une enquête menée auprès de 1 500 étudiants montre que 38% refuseraient un poste dans l'armement pour des raisons éthiques.
Des arguments éthiques et environnementaux
Les opposants à l'armement avancent plusieurs arguments. D'abord, le principe de ne pas contribuer à la mort. Ensuite, l'impact environnemental : l'industrie de défense est fortement émettrice de CO2 et productrice de déchets toxiques. Enfin, certains dénoncent un manque de transparence et de contrôle démocratique. "On nous parle de défense, mais les armes fabriquées se retrouvent souvent dans des conflits civils", déplore Antoine, 26 ans, qui a refusé une offre de Thales.
Des entreprises qui s'adaptent
Face à cette réticence, les entreprises de défense tentent de séduire en mettant en avant les aspects technologiques, la robotique, l'intelligence artificielle ou le spatial. Elles insistent sur la notion de "défense" plutôt que d'"armement". Certaines créent des pôles dédiés à la cybersécurité ou à la protection des infrastructures critiques, des domaines moins controversés. "Nous avons besoin de talents pour protéger les citoyens, pas seulement pour fabriquer des missiles", explique un DRH de Dassault Aviation.
Un choix de carrière assumé
Malgré les pressions, une majorité d'étudiants reste ouverte à ces offres. "Je ne me sens pas responsable de l'usage qui est fait des armes. Mon rôle est d'innover techniquement", justifie Lucas, 23 ans, qui a signé chez MBDA. Les écoles, de leur côté, organisent des débats et des forums pour permettre aux étudiants de se faire une opinion éclairée. Le débat reste vif, mais une chose est sûre : la question éthique s'invite désormais dans les choix professionnels des jeunes diplômés.



