Benjamin Panis, figure de Bessèges, participe depuis 2022 à des convois humanitaires pour aider des sinistrés ukrainiens proches de la zone du front. Son camion est parti à l’aube ce dimanche 11 mai depuis l’Alsace. Le véhicule a intégré un convoi civil avec, à bord, de quoi apporter un peu d’aide et à manger : des pâtes, du riz, du lait, des denrées non périssables, des produits d’hygiène en tout genre récoltés grâce aux nombreuses collectes.
Pour le rejoindre, Benjamin Panis a dû quitter le Gard dès ce vendredi 9 mai. Originaire de Bessèges, au nord d’Alès, il est connu dans le village comme patron d’une auto-école. Mais là, c’est sur son temps privé, exclusivement, qu’il participe à des missions humanitaires en Ukraine, et ce depuis plus d’un an.
Voir par moi-même
C’est Dany qui m’a proposé d’embarquer avec lui lors d’un précédent voyage en février 2024. Dany, c’est un vieil ami de Benjamin Panis. Un vieux routard de l’humanitaire qui, depuis la région de Belfort-Montbéliard, est engagé avec l’association humanitaire Partir Offrir, de racine protestante. Avec leurs moyens, ils tentent, depuis le début de la guerre, de soutenir comme ils peuvent un maximum de civils ukrainiens meurtris par l’invasion russe.
Sans trop hésiter, Benjamin accepte l’invitation à l’époque. Il y avait l’envie d’aider, mais je voulais aller voir réellement ce qu’il se passe là-bas. Voir par moi-même. Une curiosité qui va ensuite le marquer : En France, les médias traitent bien le sujet de l’invasion russe, mais je trouve qu’ils ne mettent pas assez en avant la détresse de la population. Or, pour lui, c’est la détresse qui est omniprésente, même quand on est loin du front. On ne compte plus les victimes collatérales de la guerre. Une fois, notre convoi a été pris dans une procession funéraire. C’est tout un village qui attendait le retour du corps d’un jeune soldat tué. Je n’oublierai jamais ce moment.
Le convoi traverse plusieurs milliers de kilomètres à travers l’Europe. Dans de nombreuses villes, les camions croisent les visages des soldats tués sur le front. Nourriture, vêtements, fauteuils et poussettes font partie des marchandises données. À chaque étape, la distribution des denrées s’organise. Benjamin a été embarqué dans l’aventure par son ami Dany.
Avec une économie tournée vers l’effort de guerre, l’État ukrainien a dû se désengager dans l’aide aux plus démunis, les Églises et autres associations ont pour beaucoup pris le relais.
On ne peut pas rester de marbre
Ce dimanche 11 mai, Benjamin Panis participe à son sixième voyage en Ukraine. Six allers/retours en 18 mois qui l’ont mené à Kiev, Zaporijia, et même à 30 km de la ligne de front. Six voyages où il a contribué à la lutte contre la faim, le froid. Où il a aussi subi les attaques aériennes. La nuit du 24 février, on était à Kiev, c’était chaud. On s’est retrouvé sous une alerte aux bombardements. On a vu les soldats abattre les drones russes.
Pour ce sixième voyage, le groupe, composé d’une quinzaine de bénévoles, passera la semaine près du village de Hannivka, dans le sud-est du pays. Pour livrer le stock, donner quelques coups de main là où il y a besoin, offrir un peu de soutien moral dans un lieu déjà connu : Au fil du temps, on a créé des liens avec la population, ils nous attendent avec beaucoup d’espoir. De notre côté, on découvre comment ils vivent. Et quand on le voit, on ne peut pas rester de marbre.
Sur place, les civils sinistrés repartent avec de quoi s’alimenter. L’association fait parfois étape dans les écoles pour aider les enfants. Benjamin Panis : Des liens se sont créés, j’ai depuis, là-bas, trouvé des amis.
Le Gardois aurait espéré, en son for intérieur, que la solidarité française soit plus importante que ce qu’elle est actuellement. Mais ça se comprend, la misère, elle est aussi en France. Mais en ce qui le concerne, ce ne sera sans doute pas son dernier voyage vers l’est, depuis, j’ai ici des amis.



