Abiy Ahmed, ancien lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour sa réconciliation avec l'Érythrée, est aujourd'hui perçu comme un chef de guerre après avoir déclenché une offensive militaire meurtrière dans la région du Tigré en novembre 2020. Ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts et plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent.
De réformateur prometteur à leader autoritaire
Arrivé au pouvoir en 2018, Abiy Ahmed avait suscité de grands espoirs en libérant des prisonniers politiques, en levant l'état d'urgence et en promettant des réformes démocratiques. La communauté internationale l'avait salué comme un symbole de renouveau pour l'Afrique. Cependant, son gouvernement a rapidement basculé dans l'autoritarisme, réprimant l'opposition et les médias.
Selon Human Rights Watch, les forces gouvernementales et leurs alliés ont commis des atrocités, y compris des violences sexuelles et des exécutions extrajudiciaires. Le conflit a déplacé plus de 2 millions de personnes et provoqué une famine généralisée dans le Tigré.
Une guerre civile dévastatrice
L'offensive fédérale contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a rapidement dégénéré en une guerre civile complexe, impliquant des milices régionales et l'armée érythréenne. En juin 2021, les forces tigréennes ont repris la capitale régionale, Mekele, et ont poussé vers le sud, menaçant Addis-Abeba.
« Abiy Ahmed a trahi les idéaux de paix qui lui ont valu le Nobel », a déclaré un analyste politique éthiopien sous couvert d'anonymat. « Il a choisi la voie de la guerre, et le peuple en paie le prix. »
Isolement international et sanctions
La communauté internationale a condamné les violences et imposé des sanctions, mais sans parvenir à arrêter le conflit. Les États-Unis ont suspendu l'Éthiopie de l'AGOA (African Growth and Opportunity Act), tandis que l'Union européenne a réduit son aide budgétaire. Abiy Ahmed rejette ces critiques, affirmant que le gouvernement mène une opération de « maintien de l'ordre ».
Le conflit a également exacerbé les tensions ethniques dans d'autres régions, comme l'Oromia et l'Amhara, où des violences intercommunautaires ont fait des centaines de morts. L'Éthiopie, autrefois considérée comme un pilier de stabilité dans la Corne de l'Afrique, est aujourd'hui au bord de la désintégration.
Un avenir incertain
Les perspectives de paix restent sombres, malgré les appels répétés des Nations unies et de l'Union africaine. Abiy Ahmed semble déterminé à poursuivre la guerre, tandis que le TPLF exige son départ comme condition préalable à des négociations. La crise humanitaire continue de s'aggraver, avec près de 400 000 personnes en situation de famine dans le Tigré, selon l'ONU.
L'ancien réformateur adulé par l'Occident est désormais un chef de guerre contesté, dont l'héritage est terni par le sang versé. L'Éthiopie paie un lourd tribut pour les ambitions d'un homme qui avait promis la paix.



