Le chef de la junte nigérienne réitère ses accusations contre la France
Le général Abdourahamane Tiani, à la tête du régime militaire au Niger, a de nouveau pointé du doigt la France, l'accusant d'être derrière l'attaque de l'aéroport de Niamey survenue le 29 janvier 2024. Cette attaque, revendiquée par l'État islamique au Sahel (EIS), est qualifiée par le général d'« inscrite dans un agenda de déstabilisation maladive ». Lors d'une interview à la télévision publique le 13 février, il a affirmé que « notre arrivée au pouvoir a créé une situation d'inimitié ouverte entre Emmanuel Macron et nous ».
Un contexte de tensions persistantes
Depuis le coup d'État du 26 juillet 2023 qui a renversé le président civil Mohamed Bazoum, le général Tiani, défenseur d'une politique souverainiste, multiplie les attaques verbales contre la France. Il l'accuse régulièrement de financer les groupes djihadistes qui sévissent au Niger depuis une décennie. Paris, de son côté, nie toute ingérence et rappelle avoir longtemps combattu les djihadistes au Sahel avant d'être contraint de quitter la région par les juntes au pouvoir.
Le lendemain de l'attaque, la junte avait déjà imputé la responsabilité à la France, ainsi qu'à la Côte d'Ivoire et au Bénin, des alliés ouest-africains de Paris, les qualifiant de « sponsors » des djihadistes. Ces trois pays ont fermement démenti ces allégations.
Les détails de l'attaque et la réponse sécuritaire
Le général Tiani a précisé que « l'objectif de l'attaque était de détruire les capacités aériennes de l'armée », mais que cet objectif n'a « pas été atteint ». Il a reconnu une « faille » dans le dispositif sécuritaire de l'aéroport, tout en assurant que l'assaut avait été « vaillamment repoussé ». Selon lui, cette attaque devait être suivie de sept autres raids simultanés dans la région de Tillabéri, où les groupes djihadistes sont très actifs.
Des soldats russes, nouveaux partenaires privilégiés de Niamey, ont aidé l'armée nigérienne à repousser l'attaque. Cette collaboration illustre le réalignement stratégique du Niger, qui a rompu ses relations avec Paris depuis le putsch.
Une guerre informationnelle dénoncée
En réaction aux propos d'un cadre de la junte, le général Amadou Ibro, qui avait estimé que la France allait « faire la guerre au Niger », le porte-parole de l'état-major français des armées, le colonel Guillaume Vernet, a démenti toute intervention. Il a qualifié ces déclarations de « manifestement de guerre informationnelle » de la part des autorités nigériennes.
La souveraineté sur l'uranium au cœur des tensions
Le général Tiani a réaffirmé la politique de souveraineté de la junte, notamment sur les matières premières. Il a accusé la France d'avoir pillé les richesses du Niger et a annoncé la nationalisation de la Société des mines de l'Aïr (Somaïr), une filiale du géant français Orano. En réponse, Orano a engagé plusieurs procédures judiciaires.
Lors de son interview, le général Tiani a déclaré être prêt à « envoyer » à la France sa part sur l'uranium trouvé à l'arrivée au pouvoir de la junte. Cependant, il a insisté sur le fait que « tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et restera nigérien ». Actuellement, une cargaison d'environ 1 000 tonnes de yellow cake (concentré d'uranium) est bloquée à l'aéroport de Niamey, dans l'attente d'une potentielle exportation.
Ces développements surviennent alors que le général Tiani a célébré le premier anniversaire de son arrivée au pouvoir, saluant des milliers de personnes rassemblées dans le plus grand stade de Niamey. Les festivités ont marqué un an depuis le coup d'État qui a profondément modifié les alliances régionales et internationales du Niger.



