Insécurité et crime organisé : carburant de la droite latino-américaine
Insécurité : le moteur de la droite latino-américaine

En Amérique latine, la montée de la droite populiste ne se résume pas à l'influence de Donald Trump. Selon une analyse approfondie publiée par Libération, le véritable carburant de cette vague conservatrice est l'insécurité chronique et la puissance du crime organisé. Dans des pays comme le Salvador, le Honduras, le Guatemala ou encore le Brésil, la peur de la violence et l'impuissance des États face aux cartels de la drogue poussent les électeurs vers des leaders autoritaires promettant une main de fer.

Le cas salvadorien comme modèle

Le Salvador de Nayib Bukele illustre parfaitement cette dynamique. Avec un taux d'homicides passé de 103 pour 100 000 habitants en 2015 à 7,8 en 2022, Bukele a capitalisé sur la peur pour imposer un état d'exception et des mesures sécuritaires controversées. Sa popularité dépasse les 80 %, malgré les critiques sur les violations des droits humains. Selon un sondage de l'Université Centraméricaine (UCA), 85 % des Salvadoriens approuvent sa politique de sécurité, même si 70 % reconnaissent que les arrestations arbitraires sont fréquentes.

Une tendance régionale

Au Brésil, Jair Bolsonaro a surfé sur la même vague. En 2018, son discours sécuritaire lui a permis de remporter l'élection présidentielle, promettant de donner plus d'autonomie aux forces de l'ordre et de réduire l'âge de la majorité pénale. Le Honduras et le Guatemala voient également des candidats d'extrême droite gagner du terrain en promettant une lutte sans merci contre les gangs. Selon un rapport de l'ONUDC (Office des Nations unies contre la drogue et le crime), l'Amérique latine concentre 30 % des homicides mondiaux, alors qu'elle ne représente que 8 % de la population. Ce contexte d'insécurité permanente nourrit un sentiment d'urgence sécuritaire que les partis traditionnels peinent à contrer.

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Le rôle des États-Unis et de Trump

Si l'influence de Trump est réelle, elle agit comme un catalyseur plus que comme une cause première. Les politiques de tolérance zéro, le mur à la frontière mexicaine ou les menaces de sanctions économiques ont renforcé les discours nationalistes locaux. Mais les racines du mal sont locales : corruption, inégalités, faiblesse des institutions. Comme l'explique la politologue Maria Victoria Llorente, directrice de la Fundación Ideas para la Paz en Colombie : « La droite latino-américaine utilise l'insécurité comme un levier politique parce que c'est un problème tangible pour les citoyens. Trump a montré que cela fonctionnait, mais les causes sont bien plus profondes. »

Des conséquences démocratiques

Cette dynamique fragilise les démocraties de la région. Les gouvernements adoptent des mesures d'exception, restreignent les libertés publiques et militarisent la sécurité. Le Salvador a ainsi prolongé l'état d'urgence pendant plus d'un an, suspendant des garanties constitutionnelles. Au Mexique, le président Andrés Manuel López Obrador, pourtant de gauche, a lui aussi renforcé le rôle de l'armée dans la sécurité publique, avec des résultats mitigés : les homicides ont baissé de 7 % en 2022, mais les disparitions forcées restent élevées. Selon Amnesty International, 85 % des crimes en Amérique latine restent impunis, ce qui alimente la défiance envers la justice et renforce l'attrait pour des solutions autoritaires.

Un défi pour la gauche

Face à cette tendance, la gauche latino-américaine peine à proposer une alternative crédible. Les gouvernements progressistes du Chili, de la Colombie ou du Pérou tentent de concilier répression et prévention sociale, mais les résultats tardent. Le président colombien Gustavo Petro a lancé une politique de « paix totale » incluant des négociations avec les groupes armés, mais le taux d'homicides reste élevé, à 25 pour 100 000 habitants en 2022. Selon un sondage de Latinobarómetro, 60 % des Latino-Américains considèrent que l'insécurité est le principal problème de leur pays, devant le chômage et la corruption. Tant que la gauche ne parviendra pas à endiguer ce fléau, la droite populiste continuera de prospérer.

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