Sur les réseaux sociaux, certains affichent désormais un panneau rouge à la place de leur photo de profil. « Writers Guild on strike », peut-on lire sur ces images, pour « les scénaristes de la Writers Guild of America West en grève ». Ce mardi 2 mai, plus de 11 000 scénaristes issus du principal syndicat de Hollywood ont arrêté de travailler pour exiger un meilleur salaire. Leur mobilisation n’a pas encore de date de fin.
Des négociations qui échouent
Tous les trois ans, la profession renégocie ses contrats avec l’Alliance des producteurs de cinéma et de télévision (AMPTP). Si les producteurs ont pu éviter la grève de justesse en 2017, les six semaines de discussions se sont, cette année, soldées par un échec. Face aux principales plateformes et chaînes comme Netflix, Amazon ou encore NBC, le syndicat des scénaristes espérait obtenir une meilleure rémunération pour faire face à l’inflation, et une plus grande part de bénéfice sur le streaming. En vain.
Des productions à l’arrêt ?
La conséquence immédiate, c’est l’interruption des « Late night shows », ces émissions à succès mêlant entretiens et traits d’humour. Ainsi, The Tonight Show de Jimmy Fallon sur NBC ou encore le Jimmy Kimmel Live! d’ABC ne seront pas diffusés ces prochains jours. Les effets de cet arrêt semblent plus difficiles à évaluer pour les séries, les scénarios étant écrits très tôt. Toutes les séries américaines qui seront renouvelées à l’automne prochain risquent de subir de plein fouet cette mobilisation, d’après Business Insider, qui cite parmi les premières « victimes » : NCIS, Elementary (deux séries diffusées en France sur M6) ou encore la série de science-fiction La Brea (TF1). Dans cette logique, d’autres titres pourraient aussi être concernés par ce mouvement social comme Grey’s Anatomy (programmée sur TF1) et son spin-off Station 19 et même les inusables Simpson.
En ligne, les plateformes de streaming n’essuieront a priori pas le contrecoup de cette grève, selon le New York Times. HBO et Netflix travaillent, par exemple, avec plusieurs mois d’avance et ont un catalogue suffisamment important pour absorber une possible absence de production.
Le spectre de 2007-2008
Si la grève s’enlise, les saisons pourraient-elles être écourtées ? C’est ce qui s’est produit lors de la mobilisation précédente survenue entre 2007 et 2008. À l’époque, Desperate Housewives, Lost ou encore Breaking Bad avaient dû réduire la saison en cours de plusieurs épisodes. Le bras de fer entre les scénaristes et les diffuseurs avait duré 101 jours. Un long débrayage qui avait coûté 2,1 milliards de dollars à Hollywood.
En France, la diffusion des séries enregistre en général plusieurs mois de décalage. Outre des saisons abrégées, les conséquences de cette grève ne seront a priori pas visibles sur le petit écran.
Des conditions de travail dégradées
D’après la Writers Guild of America West, près de 50 % des scénaristes ne gagneraient que le revenu minimum et de moins en moins de personnes seraient embauchées pour écrire des séries. Les intrigues, qui se raccourcissent, ne permettraient pas non plus de dégager un revenu aussi conséquent qu’auparavant. À titre d’exemple, la série Dr House compte huit saisons d’une vingtaine d’épisodes, contre quatre saisons de huit ou neuf épisodes pour Stranger Things.
En plus de ces conditions de travail dégradées et des salaires grignotés par l’inflation, le syndicat dénonce aussi une redistribution inégale des bénéfices. Tous les scénaristes ne touchent qu’un montant fixe pour le streaming. Cette prime reste inchangée malgré le succès mondial de certaines créations, comme Bridgerton ou Wednesday sur Netflix, qui cumulent plusieurs centaines de millions de vues.



