Explosion de la fusée New Glenn : un coup dur pour Blue Origin et Artémis
Explosion de New Glenn : coup dur pour Blue Origin

Les images sont spectaculaires. Ce jeudi, la fusée New Glenn de Blue Origin a explosé lors d’un essai au sol à Cap Canaveral (Floride). Si l’explosion n’a fait aucun blessé, les dégâts matériels sur les infrastructures de lancement sont importants. Il s’agit là d’une énorme déconvenue pour l’entreprise spatiale de Jeff Bezos… et pour le programme lunaire Artémis, dont le calendrier des prochains vols devrait être affecté. On fait le point sur cet incident et ses conséquences.

Que s’est-il passé ?

Ce 28 mai, l’entreprise du fondateur d’Amazon procédait à un « static fire » de sa fusée New Glenn, un test de mise à feu des moteurs pendant que l’appareil reste fixé au sol. Cela permet de simuler un compte à rebours réel en validant plusieurs étapes clés (remplir les réservoirs de carburant et allumer les moteurs). L’incident est survenu vers 21 heures heure locale (3 heures en France) quand la fusée a explosé puis s’est embrasée au moment de l’allumage de ses moteurs BE-4. Jeff Bezos a indiqué que « tout le personnel a été localisé et est sain et sauf. Il est encore trop tôt pour connaître la cause exacte » de cette explosion. Selon les premières observations partagées par les spécialistes du Centre de l’espace de Toulouse, la défaillance semble avoir débuté « dans la section moteur du premier étage, lequel utilise un mélange de méthane et d’oxygène liquide ».

Quel est le lien avec le programme Artémis ?

Le test effectué ce jeudi visait à préparer la mission NG-4 prévue le 4 juin prochain, qui devait mettre en orbite 48 satellites de la constellation Amazon Leo, concurrents de la constellation Starlink d’Elon Musk. Surtout, la New Glenn joue un rôle clé dans la stratégie de la NASA pour son retour sur la Lune avec son programme Artémis. C’est elle qui doit notamment lancer l’alunisseur Blue Moon Mark 1. « Après avoir été initialement devancé par le Starship de Space X pour les missions Artémis 3 et 4 (et hérité des missions Artémis 5 et 6), Blue Origin était repassé devant l’entreprise d’Elon Musk qui prenait trop de retard », explique à 20 Minutes Benjamin Peter, responsable de l’actualité spatiale à la Cité de l’Espace de Toulouse. Ainsi, la New Glenn a été choisie pour envoyer les « Blue Moon » chargée de déposer du matériel, dont des rovers, sur la Lune. Le Blue Moon Mk1, une version cargo sans charge utile (donc un peu plus petite) et non habitée devait partir fin 2026 pour un vol de démonstration.

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Quelles conséquences pour Blue Origin, pour le programme Artémis (et donc pour les États-Unis) ?

Les enjeux de ces lancements - et donc les conséquences de cette explosion - sont stratosphériques. Car le programme Artémis se trouve embarqué dans deux courses contre la montre. D’abord entre Jeff Bezos et Elon Musk. Après avoir pris une bonne longueur d’avance sur Space X pour équiper le programme Artémis, avec deux premiers lancers réussis en janvier et octobre 2025, « au point que la Nasa envisage de rediscuter tous les contrats au regard des retards du Starship », commente Benjamin Peter, la New Glenn et Blue Origin ont connu un premier couac en avril dernier avec la mise en orbite d’un satellite qui a été perdu dans l’Espace. L’explosion de la fusée ce jeudi apparaît donc comme un véritable coup d’arrêt dans la course et Elon Musk, qui s’est montré publiquement désolé, doit se réjouir. Mais surtout, l’incident a fortement endommagé le pas de tir n°36 de Cap Canaveral, le seul capable d’accueillir la New Glenn. Si on ne connaît pas encore l’étendue des dégâts, la puissance de l’explosion et les images qui montrent une tour de protection s’effondrer peuvent laisser penser au pire. Sur son réseau social X, Elon Musk, concurrent direct de Blue Origin avec Space X, s'est montré désolé de l'explosion. Le départ d’Artémis 3 prévu pour 2027, avec un rendez-vous en orbite terrestre entre la capsule Orion et le ou les atterrisseurs du programme Artemis, pourrait être repoussé. Et avec lui, c’est tout le programme Artémis qui bouge. « La première fois qu’ils sont censés se poser sur la Lune avec des astronautes sur Artemis 4, c’était prévu pour 2028 ; ce revers-là pourrait un peu rebattre les cartes », ajoute Benjamin Peter. Une mauvaise nouvelle pour la Nasa et pour Donald Trump qui avait promis en 2019 de retourner sur la lune pour 2025, et qui voit les Chinois continuer à progresser. « L’enjeu, c’est d’y être avant la Chine. Et les Chinois parlent depuis longtemps de 2029, l’année des 80 ans de la Révolution. Or, voyant les États-Unis annoncer 2028, ils avaient avancé un peu leurs travaux. Maintenant, ils semblent avoir le champ libre. Pour l’instant, tout ce qu’ils font fonctionne. Ils font déjà des tests sur des alunisseurs, ils ont un scaphandre… Beaucoup d’éléments semblent être prêts et logiquement, dans les semaines ou moins qui viennent, on devrait voir décoller pour la première fois leur fusée, le lanceur, la Longue Marche 10, qui doit les emmener sur la Lune. »