Alger en effervescence pour l'arrivée du souverain pontife
« C'est le trottoir le plus miraculeux du monde ! » s'exclame un jeune résident du quartier Z'ghara, situé sur les hauteurs de Bab El Oued. En contrebas de la basilique Notre-Dame d'Afrique qui domine la baie, des employés municipaux ont réalisé l'impensable : ils ont « inventé » un trottoir dans un virage en moins de quarante-cinq minutes chrono, dans le but d'embellir la chaussée.
Une métamorphose urbaine accélérée
Tout au long de la rue montante de Bab El Oued vers la basilique, une armée d'agents de la commune et de la wilaya (préfecture) s'activent sans relâche. Ils repeignent les murs, plantent des fleurs, nettoient la chaussée, les rambardes et les trottoirs. « Il faut bien l'accueillir », confie un chef d'équipe, l'œil attentif aux replantations de magnifiques iris sur l'esplanade panoramique de « Madame l'Afrique ».
Certes, ce n'est pas tous les jours qu'Alger accueille un pape, et la ville y met le paquet. Parfois même dans l'excès. Au cœur d'Alger-centre, les commerçants ont reçu l'ordre de la direction du commerce de la wilaya de rester ouverts jusqu'à minuit ces lundi, mardi et mercredi. L'objectif ? « Donner l'illusion aux journalistes accompagnant la délégation du pape qu'Alger est une ville active même de nuit », s'indigne le patron d'un fast-food de l'artère centrale de Didouche Mourad.
Anticipations et perturbations attendues
Certains Algérois anticipent déjà les fermetures des grands axes routiers pour le passage des convois officiels, reportant sorties et courses. « S'il est vrai que les voies du Seigneur sont impénétrables, lundi, pour la visite du pape, les rues d'Alger seront impraticables », commente Karim sur Facebook, ajoutant en latin : « Domi manentes, vitam saniorem habebitis » (« En restant chez vous, vous aurez une vie plus saine ») !
Alger déploie des efforts considérables, et fait même preuve d'une transparence rare. La présidence algérienne a diffusé les vidéos de deux réunions de « préparation » de la visite, réunissant tous les hauts responsables sécuritaires, ministres et cadres civils autour du chef de l'État.
Polémiques médiatiques et tensions diplomatiques
De son côté, le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger, multiplie les interviews dans les médias algériens et étrangers. Cependant, d'autres médias, publics et privés, adoptent un ton moins charitable. Ils dénoncent le timing de la visite d'Emmanuel Macron la semaine dernière au pape à Rome, accusant le président français de vouloir influencer Léon XIV pour interférer auprès du président algérien, notamment concernant la libération du journaliste Christophe Gleizes.
Une Une provocatrice et des accusations ciblées
Le Soir d'Algérie ose même titrer en Une : « Le jeu pas très catholique de Macron ». D'autres publications s'offusquent des articles récents dans la presse française ou des déclarations télévisées sur la visite papale en Algérie. En résumé, ces médias français seraient « jaloux ». « Comment ce souverain pontife ose-t-il préférer la ferveur des airs algériens aux tapis rouges de l'Élysée ? », persifle le quotidien El Watan.
Le média en ligne TSA renchérit : « Léon XIV veut établir des “ponts” avec l'Algérie et le monde musulman [...] Or les ponts avec cette partie du monde, et particulièrement avec l'Algérie, c'est précisément ce dont l'extrême droite française n'en veut absolument pas. »
Les silences médiatiques sur les droits humains
Ces mêmes médias algériens font cependant l'impasse sur l'appel d'ONG internationales des droits de l'homme au pape. Ces organisations demandent au souverain pontife d'utiliser ses « bons offices » pour soulever leurs « préoccupations auprès des autorités algériennes », notamment le « non-respect des libertés religieuses », « la répression des libertés » et « la violation des droits des migrants ».
Alors qu'Alger se pare pour cet événement historique, les enjeux dépassent largement le simple embellissement urbain, touchant à la diplomatie, aux libertés et à l'image internationale de la nation.



