Trafic de palourdes à l'étang de Berre : 24 tonnes écoulées, une société sétoise jugée
Trafic de palourdes : 24 tonnes, société sétoise jugée

Sept personnes et une société sétoise comparaissaient ce mardi 23 septembre devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence pour des faits de pêche illégale, mise sur le marché de denrées préjudiciables à la santé, travail dissimulé en bande organisée et blanchiment, commis entre le 1er janvier 2022 et le 18 novembre 2024 aux abords de l’étang de Berre, près de Marseille.

Un trafic organisé comme celui de la drogue

La palourde, petit coquillage très prisé des amateurs de fruits de mer pour son goût salin, est au cœur d’une économie parallèle florissante dans cette lagune située à l’ouest de Marseille. Les enquêteurs ont découvert un réseau structuré, comparable aux trafics de stupéfiants, avec bande organisée et blanchiment d’argent.

L’affaire a éclaté après un vaste coup de filet mené par la gendarmerie maritime de Marseille en novembre 2024. Des surveillances de plusieurs mois ont révélé que des pêcheurs amateurs, équipés de combinaisons de plongée, masques et tubas, grattaient le sable pour collecter les coquillages, puis circulaient à trottinette entre les plages et leurs véhicules. Il est rappelé que la pêche de palourdes est réglementée : elle ne doit pas dépasser 2 kg par jour, les mercredis, week-ends et jours fériés, pour les non-professionnels.

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Des quantités colossales et une absence de traçabilité

Les écoutes téléphoniques ont montré que ces pêcheurs revendaient leur butin, parfois jusqu’à 200 voire 300 kg par semaine chacun, à une société d’achat et revente de coquillages et crustacés basée à Sète, dans l’Hérault, sans aucune traçabilité. De plus, des prélèvements de palourdes ont été effectués malgré un arrêté préfectoral interdisant la pêche en raison d’une pollution à E. coli durant deux semaines en octobre 2024.

Jean-Michel et Severine Zanon, à la tête de la société Cap Horn créée en 2021, sont également jugés pour abus de biens sociaux et achat en connaissance de cause de produits de pêche illégale. Ils auraient acquis une quantité colossale de ces coquillages : 24 tonnes, pour une valeur marchande estimée entre 288 000 € (selon Jean-Michel Zanon) et 576 000 € (selon les enquêteurs). Le préjudice pour l’URSSAF est estimé à 108 769 €.

Les aveux du dirigeant et la revente aux Halles et restaurants

À la barre, Jean-Michel Zanon a reconnu avoir commis quelques irrégularités, invoquant un contexte économique difficile : « Oui, je savais que je prenais des risques pour moi et mon entreprise. Au début, on ne pensait pas qu’il y en avait autant, de palourdes, j’en voulais toujours plus. J’ai dû monter mon entreprise pour pouvoir mettre des crevettes et des bulots sur un étal. Et il fallait présenter autre chose pour que ma société continue de vivre, entre les impôts, les charges, le comptable à payer, mes six matelots. »

La revente de ces palourdes était effectuée sur les étals du couple Zanon aux Halles de Sète, ainsi qu’auprès de restaurateurs locaux. Me Jean-Claude Darrigade, avocat du couple, a tempéré en indiquant qu’une grosse partie était achetée par des producteurs internationaux, notamment italiens, en raison d’une grave crise de palourdes en Italie due au crabe bleu. Il a également souligné que son client est lui-même pêcheur professionnel et dispose de sa propre production.

Les réquisitions du parquet

La procureure a requis des peines de 200 jours-amendes allant de 50 à 100 € pour les cinq pêcheurs amateurs. Pour le couple Zanon, elle a demandé deux ans de prison assortis d’un sursis probatoire de deux ans, une interdiction définitive de gérer une société et d’exercer toute activité en lien avec la pêche, ainsi que la confiscation des saisies d’argent sur les comptes. Elle a également requis la dissolution de la société Cap Horn et l’obligation de travail et d’indemnisation des parties civiles, notamment France nature environnement, la Ligue de protection des oiseaux, le Comité national des pêches et des élevages marins et la Prud’homie de pêche de Martigues.

La décision a été mise en délibéré au 18 novembre à 14h.

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