Le paradoxe du protectionnisme Trump : le commerce mondial a crû malgré les droits de douane
Protectionnisme Trump : le commerce mondial a paradoxalement crû

Le paradoxe du protectionnisme Trump : le commerce mondial a crû malgré les droits de douane

On pourrait presque l'oublier, tant le deuxième mandat de Donald Trump a été riche en rebondissements, mais le 2 avril dernier marquait le premier anniversaire de la « journée de Libération ». Ce jour-là, le président américain avait annoncé des droits de douane massifs, brandissant un panneau où chaque pays se voyait attribuer un pourcentage calculé selon l'excédent commercial bilatéral avec les États-Unis. L'objectif affiché était de punir ceux qui « prenaient de l'argent » à l'Amérique, ou plus exactement, ceux qui lui vendaient plus de biens qu'ils n'en achetaient.

Une hausse historique des tarifs douaniers

Même partiellement annulés en février par la Cour suprême – et aussitôt remplacés par d'autres – ces tarifs douaniers ont dominé les narratifs économiques de l'année 2025. Les droits effectivement collectés dépassaient 10% en janvier 2026 selon les données du Census, soit plus de 8 points de pourcentage au-dessus de leur niveau de 2025. Cette hausse était la plus importante depuis les tarifs Smoot-Hawley de 1930.

Et pourtant, contre toute attente, le commerce mondial a crû de 5% en volume en 2025, plus rapidement que le PIB mondial. Le taux d'ouverture commerciale de l'économie mondiale a augmenté, tiré par les exportations de la Chine et du reste de l'Asie. Ainsi, 2025, l'année du protectionnisme, a paradoxalement été une année record pour l'ouverture économique mondiale.

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Les explications d'un paradoxe apparent

Plusieurs facteurs conjoncturels expliquent ce phénomène contre-intuitif :

  • Certains flux commerciaux semblent artificiels, comme les stocks de produits pharmaceutiques irlandais ou d'or suisse constitués par les États-Unis au premier trimestre, en anticipation des droits de douane
  • Le boom de l'intelligence artificielle s'est traduit par d'importantes exportations de cartes graphiques
  • Trump lui-même a tenté de limiter la casse devant la réaction des marchés en suspendant certains droits et en accordant des exemptions pour les biens électroniques et les importations mexicaines et canadiennes

La leçon de 1930 : une réaction bien différente

La réaction des partenaires des États-Unis en 2025 a été radicalement différente de celle des années 1930. En 1930, les tarifs Smoot-Hawley visaient à « protéger » les agriculteurs américains et provoquèrent des rétorsions limitées dans l'immédiat. Mais, comme l'a montré l'économiste Douglas Irwin dans son livre Trade Policy Disaster, ces tarifs ont contribué à la propagation de politiques commerciales discriminatoires particulièrement dommageables.

Ces mauvaises idées se répandirent rapidement : Keynes lui-même proposa en mars 1931 que le Royaume-Uni mette en place des droits de douane en politique d'urgence. La France élabora des politiques de quota dont elle ne sortit réellement qu'en 1936, tandis que l'Allemagne ferma complètement son système commercial à partir de 1933.

Un esprit coopératif prévaut aujourd'hui

Contrairement aux années 1930, un état d'esprit coopératif prévaut aujourd'hui parmi la plupart des pays du monde. La Commission européenne, par exemple, signa un accord autorisant Trump à relever les droits de douane sans rétorsion, en échange de garanties limitant les futures hausses. Cet accord asymétrique traduisait la volonté européenne de calmer le jeu et de réduire l'incertitude pour ses entreprises.

Hormis la Chine, qui a relevé ses tarifs douaniers sur les biens américains (mais moins que dans le sens inverse), quasi aucun pays n'a lancé de rétorsion. Les accords de libre-échange progressent, comme le montrent la signature du traité UE-Mercosur et l'ébauche de celui entre l'UE et l'Inde.

Une tentation protectionniste qui persiste

Il reste à voir si, à la faveur d'une crise pétrolière ou d'autres remous économiques, certains pays se mettront à copier les États-Unis. La tentation existe déjà devant la forte hausse des exportations chinoises vers l'Europe, notamment dans notre Haut-Commissariat au plan qui a proposé une hausse de 30% des droits de douane contre la Chine.

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Les tarifs douaniers Smoot-Hawley étaient une mauvaise politique mais, considérés isolément, ils ont été moins nocifs que d'autres choix des années 1930. Ils ont cependant marqué la première étape d'un cycle dévastateur. Espérons que les tarifs douaniers de l'ère Trump II ne franchissent pas cette étape dangereuse !