L'Espagne fait volte-face sur la ligne dure contre la Chine
L'Espagne recule sur la ligne dure contre la Chine

Une note de position française adressée à la Commission européenne, qui pourrait sembler anodine, a provoqué un petit coup de théâtre diplomatique. Vendredi 22 mai, Paris a appelé Bruxelles à renforcer ses défenses commerciales contre la Chine, à mieux exploiter ses capacités d'enquête et à créer potentiellement un nouvel outil pour lutter contre les distorsions du marché. L'Espagne figurait parmi les signataires, de même que l'Italie, les Pays-Bas et la Lituanie.

Quelques jours plus tard, Madrid est revenu sur sa position, selon Politico. Pour les responsables espagnols, ce document n'a été discuté qu'au niveau technique et ne "bénéficie pas d'un soutien politique spécifique", a déclaré jeudi le ministre de l'Économie et du Commerce Carlos Cuerpo depuis Berlin. "Nous comprenons que l'UE doit prendre ses responsabilités, et cela signifie que nous devons dialoguer d'égal à égal avec la Chine et les États-Unis", a affirmé Carlos Cuerpo à Politico, en marge d'une réunion de ses homologues ministériels issus de six grandes économies de l'UE : la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne.

Un dialogue privilégié avec Pékin

Ce revirement met en lumière les bonnes relations entre Madrid et Pékin, que les autorités espagnoles entretiennent soigneusement. L'Espagne est souvent considérée comme l'un des États membres de l'UE les plus favorables à la Chine. Le pays ibérique figure parmi les plus réceptifs aux investissements chinois, notamment dans les secteurs du solaire et de l'automobile. Le Premier ministre Pedro Sanchez s'est rendu à Pékin à pas moins quatre reprises ces dernières années. Lors de son précédent déplacement officiel, en avril dernier, il a annoncé 19 accords bilatéraux, dont plus d'une dizaine liés à la sphère économique, dans le but de stimuler les relations commerciales entre les deux nations.

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Le déficit commercial avec la Chine représente 74 % du déficit total de l'Espagne, a précisé le chef du gouvernement espagnol. Madrid cherche à profiter de sa bonne relation diplomatique avec Pékin afin d'attirer des investissements chinois sur son territoire. Les flux d'investissement progressent : 643 millions d'euros en 2025, contre 149 millions en 2024, selon la Fondation Conseil Espagne-Chine, une entité privée soutenue par le ministère des Affaires étrangères espagnol, précise Le Monde.

Le contexte géopolitique tendu avec Washington

La visite de Pedro Sanchez en Chine ne s'est pas seulement focalisée sur l'aspect commercial : elle est intervenue dans un contexte géopolitique tendu entre Madrid et Washington. Donald Trump avait menacé début mars de mettre fin à ses échanges commerciaux avec l'Espagne, après que Madrid a refusé l'utilisation de ses bases militaires pour des frappes américaines contre l'Iran. Une raison pour laquelle le chef du gouvernement espagnol a insisté depuis Pékin sur la reconnaissance de la Chine en tant que superpuissance. Un statut important qui pourrait permettre de favoriser les négociations avec l'Iran et la Russie visant à l'arrêt des guerres. "Il y a des objectifs qui sont 'inatteignables' sans la Chine, qui doit être plus impliquée dans la défense efficace du droit international et contribuer à l'arrêt des guerres au Moyen-Orient et en Ukraine", a-t-il relevé, rapporte El Pais.

Mercredi dernier, les États-Unis ont mis en garde l'Espagne, prévenant que Madrid devrait procéder avec beaucoup de prudence en approfondissant ses relations avec la Chine pour la tenir à l'écart des secteurs critiques tels que les données, la défense et les télécommunications où Pékin cherche à dominer. "Si l'Espagne s'assure que la Chine reste à l'écart des zones critiques, pourquoi ne pas négocier avec Pékin ? Mais je constate qu'ils commencent à s'infiltrer dans ces zones et l'Espagne doit être très vigilante à ce sujet", a prévenu Benjamin Leon, l'ambassadeur des États-Unis en Espagne, relate Reuters.

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Les divisions au sein de l'UE

Comme l'explique Politico, le revirement rapide de Madrid concernant la note de position française souligne la complexité de la construction d'une position commune sur la Chine au sein de l'UE. La France, la Belgique, les Pays-Bas et la Lituanie ont globalement plaidé pour une ligne plus dure envers Pékin. Des pays entretenant des relations plus cordiales avec la Chine, comme la République tchèque et l'Allemagne, se montrent en revanche réticents à adopter une approche plus conflictuelle.