Les Nations unies ont lancé un appel urgent, lundi 23 juin, avertissant d'un risque imminent d'atrocités de masse dans la ville d'El Obeid, au Soudan. Selon l'ONU, les combats entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) se sont intensifiés ces derniers jours, piégeant des centaines de milliers de civils dans une violence croissante.
Une situation humanitaire catastrophique
El Obeid, capitale de l'État du Nord-Kordofan, est devenue un champ de bataille. Les affrontements ont déjà fait des centaines de morts et des milliers de blessés, selon des sources médicales locales. L'ONU estime que plus de 800 000 personnes sont prises au piège dans la ville, sans accès à l'eau potable, à la nourriture ou aux soins médicaux. Les hôpitaux sont débordés et manquent de fournitures essentielles.
« La situation est critique », a déclaré Clémentine Nkweta-Salami, coordinatrice humanitaire de l'ONU pour le Soudan. « Nous assistons à une escalade de la violence qui pourrait déboucher sur des atrocités de masse si la communauté internationale n'intervient pas rapidement. »
Des combats aux portes de la ville
Les combats se sont rapprochés du centre-ville ces dernières 48 heures, avec des tirs d'artillerie lourde et des raids aériens. Les FSR tentent de prendre le contrôle de la ville, tandis que l'armée soudanaise résiste. Des témoins rapportent des scènes de panique, avec des familles fuyant leurs maisons sous les bombes. Les infrastructures civiles, y compris les écoles et les marchés, ont été touchées.
Selon un rapport des services de renseignement soudanais consulté par l'AFP, les FSR auraient reçu des renforts en armes et en hommes, intensifiant leur offensive. L'armée, de son côté, utilise des frappes aériennes pour tenter de repousser les assaillants, mais les dommages collatéraux sont importants.
Un risque de nettoyage ethnique
Des organisations de défense des droits de l'homme, dont Human Rights Watch, ont exprimé leurs inquiétudes quant à un possible nettoyage ethnique à El Obeid. La ville est un carrefour ethnique, abritant des communautés arabes et non arabes. Les FSR, majoritairement issues de milices arabes, ont été accusées de crimes de guerre dans d'autres régions du Soudan, notamment au Darfour.
« Les civils sont pris pour cible en raison de leur appartenance ethnique », a affirmé un porte-parole de Human Rights Watch. « Sans une action immédiate, nous pourrions assister à des massacres de grande ampleur. »
Appel à la communauté internationale
L'ONU a exhorté les belligérants à respecter le droit international humanitaire et à protéger les civils. Le Conseil de sécurité doit se réunir en urgence pour discuter de la situation, a demandé le secrétaire général de l'ONU, António Guterres. « Le monde ne peut pas rester les bras croisés pendant qu'une nouvelle tragédie se prépare au Soudan », a-t-il déclaré.
La communauté internationale est divisée : les États-Unis ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, tandis que la Russie et la Chine ont bloqué des résolutions précédentes au Conseil de sécurité. L'Union africaine tente de médier, mais sans succès pour l'instant.
Un conflit qui s'enlise
La guerre au Soudan a éclaté en avril 2023 entre l'armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane et les FSR de Mohamed Hamdane Daglo. Le conflit a déjà fait plus de 15 000 morts et déplacé plus de 8 millions de personnes, selon l'ONU. El Obeid est l'un des derniers bastions de l'armée dans la région, et sa chute pourrait marquer un tournant dans la guerre.
Les pourparlers de paix, menés à Djeddah sous l'égide des États-Unis et de l'Arabie saoudite, sont au point mort depuis des mois. Chaque camp accuse l'autre de violations du cessez-le-feu. L'ONU craint que la prise d'El Obeid par les FSR n'entraîne des représailles contre les civils considérés comme fidèles à l'armée.



