Maroc : dans le Rif, la légalisation du cannabis profite encore peu aux producteurs locaux
Rif : la légalisation du cannabis profite peu aux producteurs

Alors que le Maroc a légalisé la culture du cannabis à des fins médicales et industrielles en 2021, les petits producteurs de la région du Rif, pourtant historiquement liés à cette plante, peinent à tirer profit de cette réforme. Selon un rapport de l'Agence nationale de régulation des activités relatives au cannabis (ANRAC), seuls 15 % des cultivateurs locaux ont obtenu une licence en 2025, la majorité étant exclus du circuit légal en raison de critères administratifs complexes et de coûts d'enregistrement élevés.

Une réforme prometteuse mais inégalitaire

La loi 13-21, adoptée en 2021, visait à encadrer la production de cannabis pour l'exportation vers les marchés pharmaceutiques européens, tout en offrant une alternative légale aux paysans du Rif. Pourtant, sur les 120 000 familles qui dépendaient de cette culture avant la légalisation, moins de 10 000 ont pu rejoindre le système officiel, selon les données de l'ANRAC. Les autres continuent de travailler dans l'illégalité, exposés aux risques de confiscation et de répression.

« Les petits agriculteurs n'ont pas les moyens de payer les frais de licence, qui s'élèvent à 5 000 dirhams (environ 460 euros) par an, ni de se conformer aux normes de traçabilité imposées par l'agence », explique Ahmed Benchekroun, président de la coopérative agricole du Rif. Il ajoute que « les banques refusent de financer les paysans sans titre foncier, ce qui bloque leur accès au marché légal ».

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Les grands groupes captent les bénéfices

À l'inverse, une dizaine de grandes entreprises, souvent liées à l'industrie pharmaceutique étrangère, ont obtenu des licences pour cultiver des centaines d'hectares dans la région. Selon le ministère de l'Intérieur marocain, ces sociétés ont exporté 120 tonnes de cannabis médical en 2025, générant un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros. En comparaison, les coopératives locales n'ont écoulé que 5 tonnes sur le marché national.

Cette concentration des bénéfices suscite des tensions. En mars 2026, des manifestations ont eu lieu à Al Hoceima, où des agriculteurs ont bloqué des routes pour dénoncer « l'accaparement des terres par les gros investisseurs ». La gendarmerie royale est intervenue, faisant plusieurs blessés légers, selon des sources locales.

Des défis structurels persistants

Au-delà des obstacles financiers, la réforme bute sur des problèmes de formation et d'infrastructure. L'ANRAC a reconnu que seuls 30 % des producteurs légaux ont reçu une formation adéquate aux techniques de culture biologique exigées par les acheteurs européens. De plus, le manque de routes et de centres de stockage dans le Rif limite la capacité des petits exploitants à livrer leurs récoltes à temps.

« Sans un accompagnement technique et logistique, la légalisation risque de renforcer les inégalités plutôt que de réduire la pauvreté dans le Rif », estime Fatima Zohra, chercheuse à l'Université Mohammed V de Rabat, spécialiste des politiques agricoles.

Quelles perspectives pour l'avenir ?

Face à ces critiques, le gouvernement marocain a annoncé en mai 2026 un plan de soutien de 50 millions de dirhams (4,6 millions d'euros) pour aider les petits producteurs à obtenir des licences et à moderniser leurs exploitations. Ce plan prévoit notamment des prêts à taux zéro et des formations gratuites. Cependant, les associations paysannes restent sceptiques : « Les promesses n'ont pas toujours été tenues par le passé », rappelle Ahmed Benchekroun.

La réussite de cette réforme est cruciale pour le développement du Rif, l'une des régions les plus pauvres du Maroc, où le taux de chômage atteint 25 %. Selon la Banque mondiale, le cannabis légal pourrait générer 1,5 milliard d'euros par an à l'échelle nationale d'ici 2030, à condition que les petits producteurs y participent équitablement.

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