Le 9 mai 1984, le pilote allemand Walter Binder atterrit à Saucats après 1 050 km et 9h30 de vol à voile, établissant un nouveau record mondial pour un planeur muni d’un petit moteur utilisé seulement pour le décollage. Nous republions notre article paru à l’époque sur cet exploit.
Un exploit dans l’ère de Challenger et Concorde
À l’ère de Challenger et de Concorde, le vol à voile reste une aventure pour les « fous volants » et leurs drôles de machines. Témoins les deux Allemands tombés du ciel sans crier gare, mercredi 9 mai 1984 à Saucats. L’un d’eux a battu le record du monde de distance parcourue en moto planeur : 1 050 kilomètres en 9h30, entre la région de Francfort et celle de Bordeaux, avec, pour tout viatique, une gourde d’eau et quelques biscuits.
« Notre prochain record, ce sera peut-être Biarritz ! » Enthousiasme intact pour les deux cousins germains qui, après avoir passé près de dix heures dans un cockpit pas plus large qu’un kayak, ont atterri « comme une fleur » à 19h10 sur la pelouse du petit terrain de Saucats.
Les pilotes et leur préparation
Pour l’un des deux pilotes de Schleicher A.S.W. 22 M., Walter Binder, 37 ans, c’était le vol du record du monde. Son compagnon Otto Wegschider, 49 ans, n’a pas pu obtenir le même succès, ayant été obligé de remettre son moteur après 950 kilomètres de vol libre. Les deux hommes sont électriciens du bâtiment, l’un à Wasserkoop, l’autre à Munich. Le second a rencontré le premier, qui est aussi instructeur de vol à voile, en venant faire installer un moteur sur son appareil. C’était il y a quatre ans. Depuis, ils n’ont eu de cesse de battre le record d’un autre Allemand, Heimann, qui a parcouru 650 kilomètres en reliant Francfort à Nevers.
Le raid de Bordeaux a demandé 300 heures de préparation. Selon les pilotes, il n’a pas présenté de difficulté notable. « Nous avons décollé à cent kilomètres de Francfort près de la frontière de l’Est, raconte Walter Binder. Nous étions cinq, mais trois concurrents ont dû abandonner et rester en Allemagne. C’est que nous n’avions que 500 mètres de plafond là-bas ! Nous laissions toujours cent kilomètres d’écart entre nous deux, mais restions en contact radio d’un planeur à l’autre. Le seul problème rencontré a été quelque part entre Dijon et Guéret, un thermique pur, inattendu : un de ces courants de turbulences dépourvus des nuages alentour qui permettent habituellement de les repérer. »
Les courants thermiques, alliés et adversaires
Ces courants thermiques, les planeurs les recherchent pourtant : ce sont eux qui leur assurent les relais indispensables à leur maintien en l’air, en les ramenant en altitude. Mais encore faut-il qu’ils ne soient pas trop agités, pour des appareils qui ne pèsent que 700 kilos pour une envergure de 24 mètres et dont la sustentation repose sur l’ingéniosité du pilote.
Un pilote passionné et obstiné
Walter Binder a pourtant volé sans parachute : « il était en réparation ! » confie-t-il en riant. Il se souvient de son dernier crash : « Voici dix ans, Walter Gröss a battu le record du monde de planeur simple en reliant Lübeck à Biarritz, soit 1 480 kilomètres. Je lui ai racheté son appareil, mais me suis écrasé avec un peu plus tard. » Comme le vainqueur de Saucats est aussi obstiné que passionné, il a reconstruit ce magnifique oiseau pièce par pièce. Cet homme, qui a déjà 5 000 atterrissages à son actif, ne regrette qu’une chose : que le vol à voile ait trop peu d’adeptes, même en Allemagne où il est encore plus répandu qu’en France. Il voudrait enfin faire un métier de la fabrication de planeurs. La compétition coûte en effet très cher : les Schleicher sont des prototypes d’une valeur de quarante millions de centimes environ. « Si ma femme était là, conclut Otto, je ne vous donnerais pas le prix exact… »



