New York associe ses quartiers immigrés à la Coupe du monde malgré les tensions
New York associe ses quartiers immigrés au Mondial

La municipalité de New York déploie des initiatives pour associer ses quartiers immigrés à la Coupe du monde, malgré un climat économique et social marqué par les tensions migratoires. Dans le secteur de « Little Haïti » comme ailleurs dans la ville, la municipalité tente de mobiliser les communautés fragilisées par la politique migratoire de l’administration Trump.

Un quartier en quête d’espoir

Dans cette zone aux allures de Port-au-Prince du quartier de Flatbush, à Brooklyn, les rues commerçantes autrefois animées sont désormais plus calmes. Depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, Mahalia Desrosiers, cheffe de projet pour l’association locale Little Haïti BK, a vu certains commerces fermer leurs portes, même si le quartier n’a pas été la cible de raids policiers comme dans d’autres villes. Mais avec la participation d’Haïti à la Coupe du monde pour la première fois depuis cinquante-deux ans, l’événement est susceptible de « donner aux gens un sentiment de vie, d’espoir, d’énergie », dit-elle. « Les Haïtiens vont mettre leur drapeau partout. On va peindre cette ville en rouge et bleu », s’enthousiasme-t-elle.

Une stratégie de visibilité locale

Avant le coup d’envoi du 11 juin, les équipes municipales de la ville dirigée par le démocrate Zohran Mamdani, lui-même issu d’une famille immigrée d’origine indienne, sillonnent les différentes communautés pour les sensibiliser aux opportunités commerciales liées à la compétition. L’office de tourisme de la ville prépare un calendrier d’événements afin que les visiteurs puissent vivre les matchs dans ces quartiers, et pas seulement dans les secteurs touristiques de Manhattan. De courtes vidéos promouvant des soirées de diffusion seront également publiées sur les réseaux sociaux. Un autre programme fournira aux bars et restaurants des gobelets offerts aux couleurs de la compétition.

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Environ 600 établissements sont inscrits pour le moment. Avec le Mondial, « c’est l’occasion d’atteindre peut-être un nouveau marché, un nouveau groupe de personnes qui n’auraient pas forcément fréquenté votre établissement auparavant », déclare aux commerçants Jacques Brunvil, du département des services aux petites entreprises de New York (SBS). Multipliant les événements de sensibilisation également dans les autres arrondissements populaires du Queens et du Bronx, il voit la ville comme le décor d’une sorte de festival sportif itinérant célébrant la diversité new-yorkaise. « On pense que selon les rencontres on verra des groupes de gens migrer vers différents quartiers : “Little Haïti” pour regarder un match d’Haïti, ou “Little Sénégal” (à Harlem) pour celui du Sénégal… Les gens se déplaceront pour ressentir la vibration avec les supporters de chaque pays », veut-il croire.

Un impact économique mesuré

Globalement, l’impact économique du tour de vis migratoire opéré par l’État fédéral, qui multiplie les expulsions, est difficile à chiffrer, disent les élus. Haris Kahn, responsable du SBS, déclarait récemment que la Coupe du monde « n’effacerait pas complètement une année et demie de difficultés pour certains de ces commerces. Mais ça comptera ».

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Au Golden Blue Bar & Restaurant de « Little Haïti », l’activité depuis l’ouverture en 2020 a été irrégulière : d’abord la pandémie, puis les inquiétudes plus récentes liées à la police migratoire (ICE). Mais Amantha Chery, qui aide à gérer le restaurant appartenant à ses parents, se dit confiante que la communauté sortira dans les bars et les restaurants pour la compétition. Les billets pour le premier match d’Haïti contre l’Écosse, le 13 juin dans le Massachusetts, s’affichent actuellement à plus de 600 dollars sur la plateforme Stubhub. Des prix élevés, qui sont « mieux pour nous », veut-elle croire. Le restaurant, connu pour ses plantains et empanadas, dispose de deux télévisions dans la salle principale ainsi que d’une véranda pouvant accueillir un grand écran. « Ça a été difficile, la façon dont Haïti a été présentée dans la presse… le discours “Haïti est tellement dangereux”, tout ça », déplore-t-elle. « Mais il y a tellement de résilience et de beauté dans notre culture, dans notre peuple. Je suis juste heureuse qu’on soit enfin dans la presse pour quelque chose d’extraordinaire ».