Blessures graves de Morante et Roca Rey à Séville
Morante et Roca Rey blessés à Séville

Semaine intense à Séville

Les deux plus célèbres toreros actuels, Morante de la Puebla et Andrés Roca Rey, ont été grièvement blessés à trois jours d’intervalle, mêlant leur sang à leurs triomphes lors d’une semaine riche en intensité esthétique et dramatique.

L'éclat de Morante

La première semaine du cycle sévillan fut marquée par l’éblouissante inspiration de Morante de la Puebla, le jeudi 16 avril. Recevant le quatrième toro d’Álvaro Núñez, debout, la cape tenue d’une main, impavide et seigneurial, il mit l’arène en délire par de fabuleuses véroniques, multipliant les quites avec une prodigieuse inventivité et prenant les banderilles. Il se fit envoyer des gradins une chaise pour initier assis la pose à l’écart de la troisième paire, comme dans les vieilles gravures, puis commença, à nouveau assis pour trois passes par le haut sur ce siège en osier, une faena extraordinaire, impossible à décrire, sans doute la plus belle vue dans notre longue vie d’aficionado. Son manque d’efficacité avec l’épée priva l’artiste de toute récompense auriculaire. Une foule de jeunes admirateurs, au terme de la corrida, tenta par tous les moyens de le sortir en triomphe par la porte du Prince, mais les Maestrantes, appliquant la stricte règle des trois oreilles, s’y opposèrent et la police ferma le prestigieux passage au plus prestigieux des toreros.

Le coup de corne

Lundi 20, la gloire de Morante se transforma en douleur. Il avait toréé avec beaucoup de délicatesse un premier toro aimable ouvrant une excellente corrida de Matilla. Après avoir porté une estocade magnifique, une oreille lui fut accordée avec forte pétition de la seconde. Le torero de La Puebla mit plus de temps à fixer un quatrième fuyard, et lorsqu’il le fit, en gardant la cape collée au corps, le toro lui vint dessus, le renversa et le reprit au sol, lui infligeant un coup de corne au bas de la fesse, pénétrant dans le rectum et touchant le sphincter. Le torero demeura inerte, et lorsqu’on vit son visage grimacer de douleur quand on le transportait à l’infirmerie, on n’avait guère de doute sur la gravité de la blessure. Ce fut la consternation sur les gradins. Sa convalescence serait évaluée à un mois, sauf complications.

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Les manoletinas de Miranda

Autre haut fait de cette feria sévillane, le grand lot de toros fourni le mercredi 22 par la ganadería d’El Parralejo dont se détacha le troisième, de nom Secretario, puissant et spectaculaire au cheval, chargeant avec moteur, classe et profondeur. Un toro complet auquel il fallait un torero, et il y eut David de Miranda, la promesse montante, qui égrena au centre du rond une faena serrée, ajustée, parfaitement déclinée. L’estocade, dans le haut, provoqua une mort spectaculaire du fauve, la présidente accordant les deux oreilles au torero et le mouchoir bleu au brave Secretario. Il y eut même forte pétition de queue. David de Miranda obtint une sortie en triomphe par la fameuse porte du Prince. Le torero de Trigueros, soutenu par de nombreux citoyens de Huelva venus en voisins, compléta son succès face à un sixième plus épais et plus exigeant, devant lequel il fit dresser le public, notamment avec des manoletinas incroyablement serrées, obtenant une autre oreille et une sortie en triomphe par la fameuse porte du Prince. David de Miranda n’a toréé dans sa carrière que cinq fois à Séville, mais a déjà coupé dix oreilles, sortant deux fois en triomphe par la légendaire porte.

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Roca Rey fait chavirer le public

Après deux premières apparitions en demi-teinte, Andrés Roca Rey joua à fond sa dernière cartouche le jeudi 23 devant son dernier adversaire de la feria, un exemplaire âpre de Victoriano del Río. À force de courage et de volonté, le Péruvien, en authentique figure, fit chavirer le public en s’exposant jusqu’à l’indicible dans des séquences liées sur place, d’une rare intensité. Désireux de conclure au mieux sa faena, il se lança dans le berceau pour enfoncer entièrement l’épée et fut soulevé et secoué pendant d’interminables secondes, la corne lui labourant la cuisse droite sur plus de 35 centimètres, occasionnant des dégâts musculaires et vasculaires importants. Le toro tomba alors que le torero était évacué avec une forte hémorragie dans l’émotion générale, le président lui accordant les deux oreilles que son banderillero Viruta lui apporta en larmes à l’infirmerie.

Autres faits marquants

On pourra aussi retenir Borja Jiménez qui a touché en deux corridas six toros de triomphe, trois de Victorino le 18 et trois de Matilla le 20, réalisant des faenas passionnelles et engagées, mais échouant à chaque fois avec les aciers, perdant ainsi une formidable opportunité. Talavante toréa au ralenti un très doux Cuvillo le mardi 21 et nous rappela sa meilleure époque, obtenant un trophée. Aarón Palacio et Victor Hernández firent de très belles choses, l’un avec un Santiago Domecq, l’autre avec deux Álvaro Núñez, s’affirmant comme deux jeunes toreros en devenir. Lors de la corrida à cheval, Andy Cartagena triompha, mais Léa Vicens et Guillermo Hermoso furent eux aussi excellents. Il y a eu dans l’ensemble une grande majorité de très bons toros, pas toujours toréés à leur juste valeur.