Une porte d'entrée vers le Sahel
Entre janvier et mai 2025, des navires de transport russes ont déchargé à Conakry, la capitale de la Guinée, des véhicules militaires et du matériel, qui ont ensuite été acheminés par voie terrestre jusqu'à Bamako, a révélé The Sentry, un site d'investigation indépendant basé à Washington. En s’appuyant sur des images satellites et des données maritimes, l’enquête établit que plusieurs cargaisons, comprenant des "véhicules blindés, des chars, des systèmes d’artillerie, des avions de combat, du matériel de brouillage radio et d’autres équipements militaires", ont été convoyées par des navires de transport russes, dont certains visés par des sanctions occidentales. Les navires ont voyagé sous pavillon russe, ce qui souligne autant la complicité du gouvernement guinéen que la capacité de Moscou à contourner les sanctions occidentales imposées après l'invasion de l'Ukraine.
"Encercler l'Afrique de l'Ouest"
Les bases de cette coopération entre Moscou et Conakry ont probablement été posées au mois de juin 2024 lors de la visite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans la capitale de la Guinée. Le choix du pays comme plaque tournante de l’approvisionnement militaire russe serait lié, selon The Sentry, "à la fois à l’alignement politique de la Guinée sur Moscou et à la présence d’opérateurs industriels liés à la Russie dans les infrastructures minières et portuaires du pays". L'idée de Moscou est de créer un "hub stratégique" et d'"encercler" l’Afrique de l’Ouest, une région historiquement sous influence française, avec une série de régimes favorables à ses intérêts. En novembre 2025, Moscou a ainsi signé un accord de coopération militaire avec le Togo qui prévoit également un accès au port de Lomé, l’un des plus importants de la région. Tout comme la Guinée, le Togo possède d'importantes ressources minières qui ne laissent pas Moscou insensible.
Wagner contre l'Occident
La Russie tente d'entériner ce faisant sa mainmise sur le Sahel, dont elle porte à bout de bras les juntes au pouvoir en Guinée, au Burkina Faso et au Mali. Les événements qui secouent le Mali, en proie depuis ce matin à une vague d'attaques qui pourrait être la plus massive depuis 2012, donneront toutefois une indication de sa fiabilité et de l'efficacité de sa présence dans le pays et, partant, dans la région.



