Flottille pour Gaza : un Montpelliérain raconte sa tentative de briser le blocus
Flottille pour Gaza : récit d'un Montpelliérain engagé

Flottille pour Gaza : un Montpelliérain raconte sa tentative de briser le blocus

Le cinéaste montpelliérain Enzo Pianetti a pris la mer le 31 août à bord du Sirius, l'un des 45 navires de la Global Sumud Flottilla, une mission humanitaire visant à livrer des vivres aux habitants de Gaza. Interpellé dans la nuit du 1er au 2 octobre par les forces israéliennes et expulsé le 6, il raconte comment s'est déroulée cette mission.

Pourquoi avez-vous pris part à cette mission ?

Je prévoyais depuis quelques années de documenter la situation en Palestine à travers un documentaire. Je souhaitais d'abord me rendre en Cisjordanie mais finalement j'ai proposé mon profil à la délégation française Waves of Freedom, l'union de citoyens qui organise le départ de la Global Sumud Flottilla. J'ai passé un entretien de plusieurs heures avec eux, ce qui permet de s'assurer de la nature non-violente de mon engagement. J'ai appris que je partais seulement une semaine avant le départ de Barcelone. Mon engagement dans cette mission découle d'une envie de rendre compte de l'histoire coloniale de la France et de notre privilège d'être né ici. Ce confort se construit sur l'oppression des peuples. Je refusais d'être témoin de ce qu'il se passe à Gaza sans donner toute mon énergie et mon temps à servir mes convictions.

Étiez-vous conscient des risques ?

Parfois, les convictions dépassent la peur. J'avais confiance en l'organisme de la Flottille. C'est une union de citoyens de 45 pays avec une mission très organisée. Nous avions été informés des scénarios qui pouvaient se produire même si on ne pouvait rien prédire vu qu'aucune mission de cette ampleur n'avait été menée jusqu'à présent. On savait que la plus grande probabilité était d'être intercepté par Israël et c'est ce qui s'est produit.

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Comment vous êtes-vous préparé à cette mission ?

La préparation a surtout été d'ordre logistique. Mon rôle à bord était de réaliser des images en vue de la production d'un documentaire communautaire qui témoigne de la société civile internationale et du mouvement solidaire. Donc j'ai rassemblé mon matériel et j'ai tout préparé pour pouvoir transmettre mes images depuis le bateau. Psychologiquement, j'étais prêt depuis longtemps. Mon engagement ne date pas d'hier.

Comment s'est déroulée la traversée ?

Nous sommes partis de Barcelone à bord du Sirius, un bateau musée de 107 ans, qui fait partie de l'histoire de la ville. Nous étions 25 à faire vivre l'embarcation. Le plus admirable à bord est la cohésion. On vient tous de milieux différents mais on est réunis par une volonté de s'engager dans une cause humaine.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, votre navire a été arraisonné par les forces israéliennes. Que s'est-il passé ensuite ?

La nuit précédente, des bateaux israéliens se sont approchés. Le stress est rapidement monté mais nous avons suivi le protocole à la lettre. Nous nous sommes assis sur le pont avec nos gilets de sauvetage et nous avons jeté tous nos couteaux de cuisine à l'eau pour bien montrer que la mission était non-violente. Ce n'était que du repérage. 24 heures plus tard, onze membres des forces d'occupation israélienne montent à bord, de nuit. On nous fouille et on me confisque mon matériel. En nous filmant, ils nous proposent de la nourriture, de l'eau et des cigarettes. Pour moi, c'est à des fins de propagande. Ils prennent le contrôle de notre navire et nous conduisent jusqu'au port d'Ashdod. Une fois à terre, les hommes sont bien moins loquaces… On est mis à genoux, contraints de regarder le sol et considérés comme des terroristes. On patiente pendant des heures alors qu'on nous accuse de transporter des armes pour le Hamas. C'est totalement faux. Nous n'avions que de la nourriture, du matériel médical et du lait infantile. Au petit matin, on nous menotte et on nous bande les yeux pour nous transporter jusqu'au centre de détention.

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Vous y resterez trois jours. Dans quelles conditions ?

Nous étions 15 par cellule de 25 à 30 mètres carrés. J'ai pu transmettre un message à ma famille pour leur dire que j'allais bien. À ce moment-là, je suis conscient de mon immunité diplomatique donc je n'ai pas peur même si cela n'enlève rien au caractère inacceptable de la détention puisque la mission était légale. Mais pendant ces trois jours, je pense énormément aux Palestiniens qui doivent certainement subir bien pire au quotidien. On est déplacés à plusieurs reprises et réveillés toutes les deux heures pour nous compter. Quand j'ai réclamé à voir un médecin, un gardien m'a répondu "Il n'y a pas de médecin pour les animaux" et il m'a tenu en joue avec un fusil. Je n'ai pas tellement eu peur de l'arme, mais de son regard qui vibrait de haine.

Vous avez été expulsé vers la Grèce le 6 octobre. Comment s'est passé votre retour en France ?

Nous sommes rentrés en France par nos propres moyens et je déplore l'inaction du gouvernement. Quand on voit la mobilisation des peuples dans d'autres pays qui parfois réussissent à faire bouger les choses, c'est triste de voir que la France ne se mobilise pas. C'est pour cela qu'on invite à la mobilisation, à bloquer les rues et les infrastructures pour alerter sur ce qu'il se passe à Gaza.

L'objectif de la mission était de faire tomber le blocus. Quel bilan tirez-vous ?

Que ce n'est pas terminé. Il y aura des flottilles et des actions tant que des enfants palestiniens continueront de mourir de faim. J'imagine à quel point la perspective d'un accord de cessez-le-feu signé par Donald Trump et Benyamin Netanyahou doit représenter un soulagement mais je garde une certaine méfiance vis-à-vis de la nature de cet accord de paix. Pour moi, cela n'aura de sens que lorsqu'on rendra aux Palestiniens leur terre, leurs droits fondamentaux et qu'on les laissera vivre en paix.