PlantNet, le Shazam des plantes, révèle ses secrets et ses défis
PlantNet, le Shazam des plantes : secrets et défis

PlantNet, le « Shazam des plantes », dévoile ses coulisses

Souvent surnommée le « Shazam des plantes », l'application mobile PlantNet permet d'identifier une plante grâce à une simple photographie. Cet outil, bien connu des randonneurs et des curieux du monde entier, a été conçu par le botaniste Pierre Bonnet du Cirad et le chercheur en informatique Alexis Joly de l'Inria. Ensemble, ils reviennent sur le développement de cette plateforme qui a significativement fait avancer les connaissances en botanique.

Qui sont les utilisateurs de PlantNet ?

Une étude d'impact réalisée il y a quelques années a révélé que 12 % des utilisations de PlantNet sont professionnelles, incluant la recherche, la gestion du territoire, l'agriculture ou l'enseignement. La grande majorité des utilisateurs, cependant, emploie l'application par curiosité ou intérêt personnel. En termes de répartition géographique, PlantNet reflète les usages technologiques mondiaux : en Asie, les utilisateurs sont souvent jeunes, car plus connectés, mais la flore chinoise, pourtant riche, est peu représentée en raison de la faible pénétration des plateformes non étatiques ou non chinoises sur ce marché.

La présence de PlantNet dans les zones tropicales

Les zones tropicales, les plus riches en biodiversité, voient une présence modérée de PlantNet. Le Brésil se classe huitième avec plus de 600 000 utilisateurs annuels, tandis que l'Indonésie et l'Inde figurent dans le top 20. Toutefois, l'activité principale reste concentrée en Europe et en Amérique du Nord. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : PlantNet a été lancé en France et en Europe, bénéficiant d'une promotion locale, et a d'abord été adapté à la flore française et méditerranéenne avant de s'étendre progressivement à d'autres régions. De plus, dans les zones tropicales, l'accès est souvent limité par un réseau routier moins développé et une connectivité 3G parfois médiocre, notamment en forêt montagneuse. La biodiversité végétale y est aussi plus complexe à photographier, avec de nombreuses plantes épiphytes poussant en canopée, rendant la capture d'images difficile.

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En conséquence, la flore tropicale est moins bien couverte : tandis que la flore européenne est presque intégralement représentée dans PlantNet, celle des pays tropicaux ne l'est qu'à quelques dizaines de pour cent. Cette réalité n'est pas propre à PlantNet mais se retrouve dans toutes les bases de données institutionnelles, en partie à cause des coûts élevés de couverture de ces zones. Malgré cela, des partenariats sont en cours au Costa Rica, en Guyane, au Brésil, au Cameroun, à Madagascar et en Malaisie pour étendre le nombre d'espèces recensées.

Les plantes les plus recherchées par les utilisateurs

Il existe une corrélation entre la fréquence d'observation et la rareté des plantes, mais certaines espèces communes, comme les adventices ou les plantes à fleurs discrètes, sont moins photographiées car moins attractives. Les arbres sont bien représentés, contrairement aux herbacées ou aux plantes épiphytes. Les utilisateurs ont tendance à observer les plantes qui leur plaisent ou qui leur semblent utiles, avec de nombreuses requêtes sur les fruits et baies, souvent pour vérifier leur comestibilité. Initialement, cet aspect utilitaire n'était pas l'objectif principal de PlantNet, mais l'équipe a dû s'y adapter tout en restant modérée dans les informations fournies.

Parallèlement, PlantNet collabore avec des chercheurs en santé animale et humaine, comme pour le projet ToxiPlant sur les plantes toxiques pour les chevaux, ou avec des médecins étudiant les plantes allergisantes. L'agence ATMO Occitanie utilise également les données de PlantNet sur les plantes en fleurs pour améliorer ses modèles de qualité de l'air liés à la charge pollinique.

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Les défis de l'identification et les données manquantes

Certaines plantes, comme les genévriers mâles allergisants ou des espèces rares menacées, sont peu photographiées, ce qui limite les données disponibles. PlantNet encourage donc les utilisateurs à collecter des images sur ces espèces via des animations sur la plateforme ou les réseaux sociaux. Pour l'identification, l'application propose de prendre des photos de fleurs, feuilles, fruits, écorces ou de la plante entière. Les fleurs sont les plus utilisées, notamment pendant les saisons de floraison, et constituent les clés visuelles les plus performantes, suivies par les fruits, les feuilles, et enfin les rameaux et écorces.

Lorsque PlantNet ne trouve pas de correspondance, l'application propose plusieurs espèces, car la gestion de l'ignorance reste un défi pour l'intelligence artificielle. Les nouvelles espèces ressemblent souvent à des espèces connues, et les plantes ornementales ou hybrides sont moins bien couvertes. Actuellement, PlantNet recense 85 000 espèces sur les 400 000 estimées, avec environ 2 000 nouvelles découvertes annuelles. En rejoignant le réseau World Flora Online en 2025, PlantNet vise à améliorer sa couverture et ses performances.

Les usages professionnels et les surprises

Parmi les 12 % d'utilisateurs professionnels, les données de PlantNet sont précieuses pour modéliser la distribution des espèces, étudier l'impact du changement climatique, ou détecter des espèces envahissantes, en collaboration avec des organismes comme l'Office français de la biodiversité. Des usages surprenants ont émergé, comme l'identification de plantes sur des tableaux dans un musée hollandais, ou sur des tatouages et motifs décoratifs. PlantNet soutient également des applications ludiques et plus de 20 000 comptes utilisent son service de reconnaissance dans leurs propres applications ou workflows.

Le potentiel futur et comment contribuer

PlantNet a traité plus de 1,3 milliard de requêtes, offrant un vaste potentiel pour caractériser les milieux et les espèces, bien que l'exploitation de ces données soit complexe en raison de leur volume. Les arrière-plans des photos pourraient révéler des informations sur les communautés végétales, encore inexploitées. De plus, les données accumulées sur cinq à dix ans pourraient aider à étudier l'impact des changements climatiques rapides sur les plantes.

Pour contribuer à ces recherches, les utilisateurs sont encouragés à créer un compte sur PlantNet, ce qui facilite la réutilisation des données pour la science. La géolocalisation est particulièrement précieuse, améliorant à la fois la qualité des déterminations et la pertinence des études. Enfin, PlantNet est un consortium ouvert, récemment rejoint par le CNRS, et accueille des demandes d'adhésion d'universités étrangères pour enrichir la plateforme et son évolution.