Une journée dans les Terres australes : entre manchots, marche et régulation d'espèces
Journée dans les Terres australes : manchots et régulation

Une matinée insolite en compagnie des manchots

Le petit déjeuner dans la base des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) est un moment de convivialité et de simplicité. Il se compose d'une boisson chaude, café pour certains, thé pour d'autres, et de délicieux pancakes préparés à la poêle par Manon. Cette recette typique des Taaf permet de confectionner un substitut de pain quotidien avec des ingrédients facilement transportables lors des missions sur le terrain, appelées localement « manips ».

Le rendez-vous avec l'hélicoptère est fixé à 9 heures, mais en attendant, les occupants de la base jouent avec les manchots qui patientent patiemment devant la porte. Ces animaux curieux semblent presque prêts à entrer pour partager le repas. Xavier Gorce, présent sur place, improvise même un exercice ludique avec eux, jouant le rôle d'un sergent instructeur. Il entraîne les manchots dans un défilé mêlé à un parcours du combattant miniature, franchissant des obstacles comme une falaise de 15 centimètres. Les manchots, hésitants au début, finissent par suivre, encouragés par des voix martiales, sous les rires et les films de Jace et Nelly.

Départ vers la cabane « Jacky »

L'hélicoptère arrive finalement avec un retard, à 10 h 40, transportant le préfet et deux accompagnateurs. Les passagers embarquent, laissant derrière eux la petite maison bordeaux nichée dans la prairie peuplée de manchots, non sans une pointe de nostalgie.

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Plus tard dans la journée, à 16 heures, une nouvelle manip commence, cette fois à pied et en groupe de huit personnes. L'objectif est la cabane dite « Jacky », un hommage à un hivernant tragiquement tué par un accident de chasse en 2000. Située à deux heures de marche de la base, elle est atteinte sous un soleil éclatant mais avec un vent puissant. Le groupe, composé de Clémence, Nelly, Jace, Martin, Armelle, Eliot et guidé par Ulrich, part de la partie supérieure de la base.

Le narrateur, le plus âgé du groupe avec dix ans de plus que Jace et le double des autres, doit affronter le vent de face avec plus de difficultés. Ses compagnons trentenaires avancent plus facilement, prenant systématiquement 150 mètres d'avance. Chaque halte permet de rattraper le retard, mais Ulrich relance rapidement la marche pour éviter de se refroidir. Malgré l'effort, la détermination reste intacte pour accomplir cette randonnée d'une traite.

La mission secrète de régulation des espèces

Le parcours de 500 mètres de dénivelé positif traverse des paysages variés : toundra spongieuse et détrempée, déserts arides de roches où la prudence est de mise pour éviter les entorses. Au col, les nuages rasant le sol créent une ambiance brumeuse, découpant les silhouettes sur des reliefs montagneux superposés, évoquant des bandes de papier monochromes gris-jaunes.

Enfin, la cabane « Jacky » apparaît au creux d'un vallon, accessible par une passerelle enjambant un ruisseau bucolique. Sur place, Jace décore une façade avec ses créations artistiques, les Gouzous. Pendant le repas, composé de truite fumée locale et de pâtes carbonara, Ulrich révèle sa mission : comme Manon, il est régulateur des espèces exotiques envahissantes. En termes clairs, c'est un « tueur d'aliens ».

Cette mission ne se limite pas à contrôler les graines via des brosse-bottes. Elle vise aussi les animaux invasifs, avec pour objectif de les éliminer, les contenir ou les réguler. Par exemple, les rats et souris ont été éradiqués sur Tromelin, tandis que les bovins et ovins introduits historiquement sur Crozet ou Kerguelen se sont éteints naturellement. Aujourd'hui, l'accent est mis sur la limitation des prédateurs comme le chat haret et le renne, qui menacent les nichées et la végétation locale. Les lapins de garenne, en revanche, prolifèrent librement dans la base.

Retour sous la pluie et rencontre avec un renne

Le lendemain, le groupe rentre sous une pluie dense, empruntant le chemin littoral. Ils traversent des baies où les éléphants de mer mâles, appelés pachas, se disputent violemment les femelles pour des accouplements souvent non consentis. D'autres zones abritent de petites colonies de manchots papous.

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Sur le chemin, un renne solitaire croise leur route à une cinquantaine de mètres. Ignorant peut-être que l'un des membres du groupe pourrait être son futur liquidateur, il les observe calmement avant de trottiner plus loin. Il s'arrête, se secoue pour évacuer l'eau de sa fourrure épaisse, créant un nuage de gouttelettes, puis repart après un dernier regard. Magnifique dans sa robe claire, il inspire au narrateur un souhait de longue vie, malgré la compréhension de la nécessité de la régulation.

Cette journée dans les Terres australes illustre la beauté sauvage de ces régions, mêlant moments de légèreté avec les manchots, efforts physiques intenses et missions environnementales cruciales pour préserver l'écosystème fragile.