Gaëlle Giesen, exploratrice des abysses et du cosmos, repousse les frontières de l'inconnu
Gaëlle Giesen, entre abysses et cosmos, repousse les frontières

L'exploration des mondes inconnus : entre abysses et cosmos

L'humanité ne connaît qu'une infime partie des océans qui recouvrent notre planète : seulement 29,4 % des profondeurs océaniques ont été cartographiées avec précision, et à peine 5 % ont été véritablement observés. Notre compréhension de l'espace n'est guère plus avancée : 95 % de l'univers demeure, encore aujourd'hui, largement méconnu. Dans ce contexte d'immense inconnu, l'astrophysicienne et exploratrice Gaëlle Giesen, recordwoman en plongée en mer et en recycleur, repousse pourtant les frontières du monde connu en se passionnant simultanément pour les abysses et le cosmos.

Un parcours d'exception forgé par l'ouverture au monde

L'enfance de cette ingénieure de 37 ans n'est probablement pas étrangère à sa passion pour l'exploration de l'extrême. « J'ai grandi dans plusieurs pays, ce qui a été une grande richesse », explique-t-elle en visioconférence. Née en Suisse, elle déménage en Allemagne à Berlin avant ses six ans, puis s'installe à Toulouse. « Nous voyagions énormément avec mes parents. Il n'y avait pas une seule semaine où nous ne partions pas quelque part. Il y avait vraiment cet entrain à regarder, observer et découvrir le monde », se souvient-elle avec émotion.

Selon la légende familiale, c'est une visite à la Cité de l'espace de Toulouse, alors que Gaëlle Giesen n'a que onze ans, qui change définitivement sa trajectoire. S'ensuit un parcours académique exemplaire : baccalauréat scientifique, classe préparatoire, master de physique avec spécialisation en astrophysique et cosmologie, puis thèse en astrophysique qui la ramène à Toulouse – « juste à côté de la Cité de l'espace, d'ailleurs », sourit l'ingénieure.

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Entre missions spatiales et records de plongée

Ce parcours lui permet aujourd'hui de travailler au Centre National d'Études Spatiales (CNES) sur plusieurs missions passionnantes. La première, Dragonfly, pilotée par la NASA, va envoyer un drone à la surface de Titan, la plus grande lune de Saturne. La seconde, ARIEL, développée par l'Agence spatiale européenne, s'appuie sur un télescope spatial qui doit observer les exoplanètes pour déterminer la composition chimique de leurs atmosphères.

Parallèlement à sa carrière scientifique, Gaëlle Giesen s'est lancée dans des activités extrêmes qui l'ont conduite à établir des records mondiaux. « L'École Polytechnique Fédérale de Lausanne, où j'ai étudié, est un environnement qui propose beaucoup d'opportunités : c'est là que j'ai fait mon premier stage de plongée dans le sud de la France », raconte-t-elle. Elle découvre également le parachutisme par hasard, en discutant avec d'autres étudiants.

Aujourd'hui recordwoman de plongée en mer (222 mètres) et en recycleur (230 mètres), elle cumule plus de 3 600 sauts en parachute, est membre de l'équipe de France de vol relatif en équipe, et multiple championne de France et trois fois vice-championne du monde. « Dans tout ce que je fais, je fonctionne en projets. Côté plongée, j'aimerais continuer à plonger dans la zone des 200 mètres, mais aussi retourner en mer, maintenant que je sais comment les choses fonctionnent à cette profondeur-là », explique-t-elle avec détermination.

Exploration humaine et robotique : une complémentarité essentielle

« J'ai toujours eu envie de voir ce qu'il y avait plus bas, ou plus haut ! » Pour Gaëlle Giesen, la plongée profonde et l'astrophysique sont plus proches qu'on ne le croit : « Déjà, on travaille dans un fluide, en trois dimensions. Ensuite, il y a cette recherche d'optimisation, du matériel dans les deux cas, et dans l'exécution des figures dans celui du parachutisme ».

L'exploratrice en est persuadée : « Avec la technologie et notre capacité d'adaptation, on peut découvrir tous ces milieux extrêmes – et lointains, pour ce qui est de l'espace – qui sont de moins en moins inaccessibles. Si certaines choses le sont vraiment, le temps et les nouvelles technologies nous permettront d'y accéder. On oppose souvent l'exploration humaine et robotique : en réalité, elles se complètent ! »

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Un engagement pour la protection de notre planète

Son intérêt pour les mondes lointains ne l'empêche pas de s'engager pour la protection du nôtre – bien qu'elle concède « avoir (ses) contradictions, avec le saut en parachute notamment ». À propos de notre système solaire, elle raconte des territoires « plutôt hostiles à la vie qui s'est développée sur Terre, qui donnent envie de la protéger ». Dans les grottes sous-marines, elle décrit au contraire des « environnements très loin de l'humanité, de ce que l'on connaît, qui nous rappellent qu'il ne faut pas les impacter ».

Gaëlle Giesen le souligne avec conviction : « C'est quand on se rend dans ces environnements-là qu'on prend d'autant plus conscience de la nécessité de préserver notre planète ». Cette prise de conscience se manifeste particulièrement lorsqu'elle évoque les épaves sous-marines : « Elles me fascinent. Pour moi, ce sont de véritables symboles. Voir ces objets humains que la vie marine s'est réappropriés me remplit d'optimisme. Un peu comme si ça disait que l'on pouvait retourner chaque situation en quelque chose de positif ».

Une vision d'avenir tournée vers la transmission

Interrogée sur ses projets pour les dix prochaines années, Gaëlle Giesen envisage « toujours dans mes passions, mais peut-être avec plus de transmission. Je me rends compte que, plus je prends le temps de communiquer sur ce que je fais, plus ça me plaît. Pourquoi pas, par exemple, devenir instructrice de plongée ? »

Pour l'exploration spatiale et des fonds marins, elle espère « que ça sera toujours ambitieux, et toujours autant en collaboration : c'est quelque chose que l'on met beaucoup en place aujourd'hui, et j'espère qu'on continuera dans cette voie. J'espère aussi que l'on sera plus respectueux de l'environnement, autant spatial que marin ».

Sa vision du futur se résume en une question simple mais profonde : « Jusqu'où peut-on aller ? » Une interrogation qui guide chaque jour cette exploratrice d'exception dans sa quête de repousser les limites de la connaissance humaine, à la fois vers les profondeurs océaniques et vers les confins de l'univers.