La France tourne le dos aux ZFE tandis que l'Europe les généralise
La loi de simplification adoptée à l'Assemblée nationale prévoit la suppression des zones à faible émission (ZFE), ces territoires urbains où la circulation des véhicules les plus polluants est restreinte. Cette décision intervient alors que la quasi-totalité des pays européens ont mis en place des dispositifs similaires pour lutter contre la pollution atmosphérique.
Une exception française qui isole le pays
La France deviendra le seul pays européen sans mécanisme sérieux de régulation de la pollution automobile en ville. Cette situation contraste avec l'argumentaire utilisé par certains parlementaires concernant d'autres sujets, comme l'acétamipride, ce pesticide interdit en France mais autorisé dans 26 pays sur 27 de l'Union européenne.
Le sénateur LR Laurent Duplomb, qui milite pour la réintroduction de ce pesticide, répète régulièrement : « Dans l'Union européenne, 26 pays sur 27 l'utilisent, pas nous. Et entendez-vous ailleurs des manifestations pour faire comme les Français ? ». Un raisonnement qui n'est pourtant pas appliqué aux ZFE.
L'Europe a largement adopté les zones à faibles émissions
Contrairement à la France, la plupart des pays européens ont mis en place des dispositifs similaires aux ZFE :
- L'Espagne a ses ZBE (zonas de bajas emisiones) obligatoires depuis 2023 dans les communes de plus de 50 000 habitants
- L'Allemagne compte ses Umweltzonen à Munich, Berlin, Francfort et Cologne
- Le Royaume-Uni a développé ses Low Emission Zones et Ultra Low Emission Zones, notamment à Londres
Certains pays, comme l'Allemagne, ont même levé certaines restrictions lorsque la qualité de l'air s'est améliorée, démontrant l'efficacité de ces mesures.
Des conséquences sanitaires alarmantes pour les plus modestes
La suppression des ZFE poursuit un objectif affiché de protection des automobilistes aux revenus modestes qui ne peuvent pas s'offrir des véhicules propres. Cependant, cette décision aura un corollaire terrible : l'exposition accrue des populations aux particules fines.
La pollution de l'air aux particules fines est responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts prématurées chaque année en France, sans compter les maladies cardio-respiratoires et l'asthme chez les enfants. Les premières victimes sont précisément les populations modestes qui vivent dans des logements sociaux le long des boulevards périphériques ou qui n'ont pas les moyens de se mettre « au vert ».
Des alternatives existaient pourtant
Il existait des solutions pour rendre cette régulation du trafic automobile acceptable :
- La mise en place d'un leasing social sur les voitures électriques plus précoce et massif
- L'étude des dispositifs d'accompagnement mis en place par les voisins européens
- Des mesures de transition progressives plutôt qu'une suppression pure et simple
Les détracteurs les plus ardents des ZFE, notamment le Rassemblement national et La France insoumise, qui prétendent parler au nom de la défense du peuple, n'ont pourtant pas réclamé avec la même énergie des mesures d'accompagnement pour les automobilistes les moins fortunés.
Un paradoxe politique et des conséquences européennes
Cette décision place la France dans une position paradoxale : elle défend une exception française quand cela l'arrange, mais la déplore dans d'autres domaines. La suppression des ZFE pourrait en outre valoir à la France de lourdes amendes de la part de l'Union européenne pour non-respect des normes de qualité de l'air.
Alors que les élections municipales approchent, cette question des ZFE continue de semer la zizanie au sein de la classe politique, particulièrement à gauche où elle représente « une ligne rouge » pour certains. La santé publique semble ainsi sacrifiée sur l'autel des simplifications réglementaires et des considérations électorales.



