Violences dans le sport : hausse de 64% des signalements en 2025
Violences sportives : +64% de signalements en 2025

Une hausse significative des signalements

Ce sont des chiffres dont on a du mal à se réjouir, et en même temps qui prouvent que les choses avancent dans le bon sens. Le bilan 2025 de la cellule Signal-Sport, rendu public ce jeudi par la ministre des Sports Marina Ferrari, met en lumière une forte hausse du nombre de signalements de violences : 872 ont été recueillis, contre 532 l'année précédente (+64 %) et 363 en 2023 (+140 %). Tous ont donné lieu à l'ouverture d'une enquête administrative par les services de l'État, et au moins 39 d'entre eux ont atterri en bout de chaîne dans les mains de procureurs de la République, c'est-à-dire au niveau pénal. Pour l'instant.

« L'impunité n'a plus sa place »

« Cette augmentation montre que la parole se libère, que le dispositif fonctionne et que les lignes bougent », veut croire Marina Ferrari. La ministre se félicite de voir cet outil, créé en 2020 après plusieurs témoignages marquants sur des abus longtemps tus dans le monde du sport, notamment celui de l'ancienne patineuse Sarah Abitbol, se muscle année après année. Depuis 2023, il ne concerne plus seulement les violences sexistes et sexuelles (VSS) mais tous les types de violences (physiques, psychologiques, etc.) et les comportements inappropriés.

En 2025, 206 décisions administratives ont pu être prises en urgence par les préfets pour des situations qui révélaient des dangers graves et imminents. Et à l'issue d'enquêtes approfondies, 58 auteurs de violences ont fait l'objet de décisions pérennes, comme l'interdiction d'exercer en tant qu'éducateur ou dirigeant, le retrait d'une carte professionnelle ou la radiation pure et simple d'une structure.

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« Ce sont des signaux forts adressés à toutes les victimes, pour leur faire savoir qu'elles peuvent parler, être entendues et protégées. C'est aussi un message fort adressé à celles et ceux qui abusent de leur position : l'impunité n'a plus sa place dans le sport », assène Marina Ferrari.

Profil des victimes et des auteurs

Avec un peu de recul désormais, on peut voir que certaines tendances se dégagent sur le profil des victimes. Elles sont d'abord des femmes : elles représentent 57 % des signalements en 2025, un chiffre qui grimpe à 77 % dans les cas de VSS. Elles sont aussi majoritairement mineures (67 %), et là encore davantage quand on zoome sur les violences sexuelles (76 %). Ces proportions observées en 2025 correspondent à quelques points près à la moyenne établie depuis la création de la cellule. Quant aux auteurs de ces violences, ils sont dans plus de 9 cas sur 10 des hommes. Près de la moitié d'entre eux sont des éducateurs bénévoles dans des clubs.

Agir en amont avec les contrôles d'honorabilité

Ces derniers sont désormais soumis, comme les encadrants professionnels, à un contrôle d'honorabilité. À chaque fois qu'un club engage un intervenant pour donner des cours, il doit le déclarer au ministère des Sports. Celui-ci va entrer son nom dans un système automatisé en lien avec le FIJAIS, le fichier du ministère de la Justice qui recense les auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, pour vérifier qu'il n'y figure pas.

Plus d'un million de contrôles ont été effectués en 2025, et près de cinq millions depuis 2021. « Un outil qui permet d'agir en amont, pour faire en sorte que des prédateurs ne puissent pas exercer », appuie Marina Ferrari. Ces contrôles ont débouché l'an dernier sur 414 interdictions d'exercer chez les bénévoles, et 567 chez les éducateurs professionnels.

Tous ces chiffres attestent, estime la ministre, que l'action publique enclenchée à l'époque par Roxana Maracineanu « est indispensable et doit se poursuivre ». La tendance est toujours à la hausse en ce début d'année 2026, qui a vu une augmentation du nombre de signalements de 54 % par rapport aux premiers mois de 2025. Aussi parce que la plateforme du ministère est de plus en plus connue du grand public. Vous l'avez sûrement remarqué si vous fréquentez des salles de sport ou des stades, de grandes affiches sont présentes partout. Une obligation depuis mai dernier.

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Le rôle des associations et des fédérations

En parallèle, le travail de fond réalisé par des associations comme Colosse aux pieds d'argile ou La voix de l'enfant porte ses fruits. « Tout cela participe à construire une relation de confiance avec les victimes », plaide Jérôme Fournier, qui vient de remplacer Fabienne Bourdais au poste de délégué ministériel dédié à la lutte contre les violences dans le sport.

Preuve aussi que les Fédérations se sentent de plus en plus concernées – même si certaines partaient de très loin –, ce sont elles qui font désormais remonter le plus de signalements (273 l'an dernier), devant les victimes directement ou leurs proches (207). Les instances fédérales ont chacune leur référent, en lien direct avec la cellule. Au sein même de cette dernière, les effectifs augmentent peu à peu, avec treize agents aujourd'hui sur cette question à plein temps.

« Nous devons aux victimes une certaine efficacité. Il est de notre responsabilité de les protéger, de protéger nos enfants, clame Marina Ferrari. Il nous faut encore progresser dans leur prise en charge et leur accompagnement. » La ministre le promet, il n'est pas question d'un ralentissement. Au contraire, « il nous reste beaucoup à faire », a-t-elle conscience.

L'e-sport bientôt concerné

Bientôt, l'e-sport sera également concerné. Angle mort de cette lutte contre les violences, pour le moment, ce secteur va faire l'objet de mesures, promet la Haute-commissaire à l'enfance, Sarah El Haïry. « Plus de 6 millions de mineurs jouent aux jeux vidéo en France. Les encadrants doivent être soumis aux mêmes contrôles d'honorabilité », plaide-t-elle. France Esport et le syndicat des éditeurs de jeux vidéo y sont favorables. « C'est un message clair aux prédateurs : on vous voit, on vous traquera sans relâche », soutient la Haute-commissaire avec détermination.